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CAMPUS

  

 

Le temps de cligner des yeux et Sam se retrouve dans un nouveau corps. Personne ne l'a vu venir et pourtant les témoins de la scène sont légion. Assis devant un large bureau surplombant un amphithéâtre, Sam contemple immobile la presque centaine d'étudiants qui lui fait face. Tous penchés sur leur pupitre, ils grattent frénétiquement la feuille, donnant l'impression que leur vie en dépend. Lorsque la sonnerie retentit, un sursaut agite la salle comme si le temps, ce traître, les avait tous pris par surprise. Certains se redressent dépités, d'autres s'accrochent de plus belle à leur stylo, le faisant aller et venir sur les lignes à une vitesse insoupçonnée, pour un mot, pour une virgule, pour un point supplémentaire.
Sam se racle la gorge.
- Bien. Posez vos crayons s'il vous plaît.
Malgré le peu de conviction qu'il y a mis, l'ordre trouve immédiatement écho dans l'assemblée. Par vagues, les étudiants se lèvent et ramènent leur devoir jusqu'au bureau, défilant devant lui en procession solennelle. C'est la cérémonie des copies, le ballet de feuilles, en trois tas parallèles. Peu à peu la salle se vide, aussi sûrement que les piles de papier devant lui s'élèvent. Une femme descend alors les marches désertes de l'allée principale pour rejoindre la chaire.
- Un coup de main Professeur ? Souhaitez-vous que je dépose les copies dans votre bureau ?
- C'est gentil, mais je crois qu'on ne sera pas trop de deux. J'allais à mon bureau justement...
Le butin une fois partagé, Sam prend soin de laisser son guide providentiel le précéder. A la sortie de l'amphithéâtre, il débouche dans un grand hall et s'arrête net, manquant de faire tomber son paquetage.
- Le MIT !
L'assistante se retourne, mi-surprise mi-amusée :
- Depuis le temps que vous travaillez ici, cela vous fait toujours cet effet là, Professeur LoNigro ?!
Cette fois, Sam ne peut laisser échapper les copies qui finissent leur folle envolée éparpillées sur toute la largeur du couloir.
- Oh... bravo !

Massachusetts Institute of Technology - Boston

En pénétrant dans le bureau du Professeur LoNigro, Sam avait soudain eu l'impression d'avoir rajeuni. Une foule de souvenirs lui revenaient en mémoire. Il se voyait ici, à 18 ans, plein d'espoirs et avec la certitude qu'il pourrait changer le monde. Ses rêves fous avaient trouvé écho auprès du Professeur. Avec lui il avait parlé en toute liberté, avec lui il avait grandi, mûri, trouvé cette assurance qui lui faisait défaut. Son intellect qu'il avait jusqu'à présent considéré comme un handicap pour aller vers les autres avait enfin eu une raison d'être. Il s'était senti chez lui, peut-être pour la première fois. Non pas que sa famille ne lui manquait pas, mais ici c'était sa vie qui prenait un sens et LoNigro était le premier qui l'avait encouragé à croire que rien n'était impossible. Pendant des heures, ils avaient élaboré ensemble les théories des plus absurdes à quelque peu probables, sortant toujours des sentiers battus, car comme le répétait son maître "là où le sentier est déjà battu, il y a peu de chance d'y trouver un nouveau trésor..." Leurs échanges passionnés avaient été le ciment de toute sa vie de chercheur. Il y avait appris la ténacité quelle que soit l'adversité, et surtout à ne jamais renoncer à ce que l'on croit possible. Plus qu'un mentor, LoNigro avait été un véritable ami, faisant peu cas avec Sam de la barrière étudiant-professeur, un ami oui, peut-être même le premier que Sam ai jamais eu.
- Tu rêves ?
Le Docteur Beckett sursauta.
- Al !
- Ben oui, tu t'attendais à voir surgir un autre fantôme aujourd'hui, lui demanda-t-il les yeux plissés par un sourire.
Sam laissa échapper un petit rire.
- Tu sais qui je suis ?
- Je sais, répondit Al en tirant sur son cigare. Tu as l'air excité comme une puce d'ailleurs.
Sam soupira.
- Tu peux pas imaginer l'effet que ça me fait d'être ici...
- Disons... un bain de jouvence ? Attention, si tu continues tu risques de nous faire une poussée d'acné. En tout cas, si ça peut te faire plaisir, lui non plus il ne t'a pas franchement oublié !
- Comment ça ?
- Ca lui a fait un choc quand il s'est regardé dans la glace tout à l'heure, tu me suis ? D'habitude ta petite gueule d'amour ne leur dit rien quand ils se voient, nada ; mais lui, il t'a reconnu au premier coup d'oeil.
Sam se tourna vers son reflet dans la vitre qui donnait sur le laboratoire.
- Oui, je comprends. Comment il l'a pris, questionna t-il non sans une certaine anxiété.
- Tu veux vraiment le savoir ?
Al prenait apparemment plaisir à le faire mijoter. Sam fit un geste impatient pour l'inviter à continuer.
- Il s'est écrié "eurêka" et depuis il ne nous lâche plus d'une semelle. D'habitude c'est nous qui posons les questions mais là, on a bien du mal à le tenir tranquille. Il voudrait tout savoir et bien sûr, c'est strictement impossible.
Sam secoua la tête en souriant.
- Transmets-lui au moins mon bonjour, d'accord ?
Al répondit par une moue approbatrice tandis que Sam n'arrivait toujours pas à se départir de son euphorie.
- Des éléments ?
L'Amiral sortit le handlink de sa poche et le malmena bruyamment comme à son habitude.
- Ziggy est en train de défragmenter son fichier archives, elle ne devrait plus en avoir pour très longtemps maintenant... mais je peux au moins te donner la date ? Le 10 juin 1984.
- Les exams de fin d'année, enchaîna Sam rêveur.
- Je reviens dès que j'en sais plus, pour l'instant... je pense que tu as de quoi faire, lui dit-il en désignant la pile instable de copies entassée sur le coin du bureau.
Sam n'eut pas le temps de renchérir qu'il était de nouveau seul.

 

N'ayant effectivement pas grand chose d'autre à faire, Sam avait commencé à compulser les devoirs des étudiants. Certains semblaient brillants, d'autres beaucoup moins. Quoiqu'il en soit, il ne se sentait pas d'avoir à juger, et à noter surtout, ces travaux. Il n'avait jamais été que chercheur, pas professeur. D'ailleurs il n'était certainement pas ici pour corriger des écrits. Du moins espérait-il ! Il décida donc d'aller faire un tour sur le campus et noter ce qui avait pu changer en onze ans puisqu'on était en 1984. A l'extérieur, les allées fourmillaient de monde. Nombreux étaient ceux à réviser sur un banc en prenant le soleil. Partout on sentait l'atmosphère électrique caractéristique des périodes d'épreuves et Sam eut un petit pincement nostalgique à cette évocation. Il n'avait plus vingt ans ; l'avenir, maintenant, c'était eux, tous ces jeunes gens plein de rêves à assouvir ! Passant devant la cafétéria, il reconnut son ancienne prof de chimie à travers la baie vitrée. Mademoiselle Belinski. Elle avait pris quelques rides mais semblait toujours aussi charmante. Sam se retourna au son de la porte holographique.
- Après réflexion Al, j'ai plutôt l'impression d'avoir pris un coup de vieux !
- Tant mieux, parce que ce que je t'amène va de toute façon te faire redescendre sur terre.
La mine inquiète, Sam désigna du regard un endroit à quelques mètres, à l'abri des regards, et Al lui emboîta le pas.
- D'ici la fin de l'année scolaire, cinq meurtres vont être perpétrés sur le campus, continua t-il en pianotant. L'auteur n'a jamais été retrouvé ni identifié. L'affaire n'a jamais pu être classée, c'est un mystère total. La première victime, Catherine Shoew, va être retrouvée ce soir, vers 23 heures sur le parking de sa résidence.
Sam eut du mal à déglutir.
- Comment a-t-elle été tuée ?
- Ce type est un malade : il l'a poignardée à douze reprises et lui a également tranché la gorge !
Le Docteur Beckett serra les poings, il ne se sentait soudain plus très bien.
- Et les autres ?
- Même mode opératoire, y'a que le nombre de coups de couteau qui varie. Que des filles. La suivante est Felicia Martinez, demain soir. Les deux suivantes dans une semaine et la dernière le 23 juin.
- Mais comment je vais faire pour retrouver ce type, le campus est immense !
- On sait déjà où ça doit se passer, pour le quand, il suffira que tu sois là avec un peu d'avance par rapport à l'heure de décès stipulée sur le compte rendu d'autopsie... Autre chose : le Professeur LoNigro a regardé la liste des victimes, elles sont toutes dans son cours de deuxième année.
- Ce qui signifie ?
- Et bien, il est possible que le frappadingue soit un de tes élèves.
- Oh bravo !

 

Sam avait passé le restant de l'après midi à éplucher les fiches du Professeur à son domicile situé dans une rue parallèle derrière le campus. LoNigro avait toujours été très méticuleux et méthodique et il le reconnaissait bien là : tous ses élèves étaient classés par cursus et par année d'enseignement, un carton rose pour les filles, un carton bleu pour les garçons ! Sam avait compté les cartons bleus des deuxième année de la promotion 1984 : il y en avait 68. Pour l'essentiel les fiches se résumaient aux informations administratives de base, mais parfois quelques notes personnelles du Professeur y avaient été ajoutées au dos. Elles s'avérèrent de peu d'utilité. Il se concentra alors sur les photos d'identité, espérant y voir dans l'oeil d'un d'entre eux la flamme maléfique d'un psychopathe. Mais aucun ne se révéla avoir les dents longues ou la bave au menton... C'était bien plus facile au cluedo, songea t-il en soupirant. A défaut de pouvoir le démasquer, il ne lui restait plus qu'à attendre la nuit, empêcher ce qui devait arriver et tenter d'attraper le tueur du campus. Sam extirpa la fiche de Catherine de sa boite classée par ordre alphabétique. La photo le fit frissonner rien qu'à l'idée de voir cette délicate gorge monstrueusement tranchée. Catherine était blonde, plutôt jolie, le sourire enjôleur et l'oeil pétillant. Boursière originaire du Nevada, aucun signe particulier, aucune note du Professeur au dos. Voilà qui ne l'avançait guère plus, mais au moins il saurait la reconnaître en la voyant, du moins s'il ne faisait pas trop sombre.
Lorsque Sam acheva de dîner, plus par obligation que par appétit, la nuit était tombée et par chance, la lune était pleine. Il était grand temps de se rendre sur les lieux du crime...

Il était 22 heures et Sam faisait les cent pas sur le parking de la résidence, à l'affût du moindre bruit, le coeur bondissant chaque fois qu'une voiture ou un groupe d'étudiantes approchaient. Gagné peu à peu par la peur et l'incertitude, le bruit des moteurs, des portières qu'on claquait, des talons sur le macadam semblaient résonner dans sa tête. Même les rires et les gloussements étouffées le rendaient nerveux. Il souffla plusieurs fois pour tenter de reprendre son calme et ne pas céder à la panique. Le ciel était parfaitement dégagé et la lune, spectatrice aux premières loges, jouait d'ombres et de lumière sur ce décor oppressant.
Le docteur Beckett entendit des pas feutrés derrière lui et se retourna, prêt à bondir sur l'intrus. La jeune fille qui approchait, témoin de ce sursaut, s'arrêta à quelques mètres.
- Professeur ? C'est bien vous ?
Sam était en sueur et dû déglutir avant de pouvoir répondre, les yeux plissés pour mieux voir ce visage caché dans l'ombre.
- Catherine ? Catherine Shoew ?
La jeune fille s'avança doucement, comme pour ne pas l'effrayer.
- Professeur, vous êtes sûr que tout va bien ?
Non, ce n'était pas Catherine : cette étudiante paraissait plutôt brune, les cheveux longs frisottant aux pointes, tombant en cascade sur les épaules.
Mais alors qu'elle fit un nouveau pas, entrant dans la lumière, Sam la reconnut instantanément et, les jambes flageolantes, se laissa tomber sur le capot d'une voiture.

Catherine avait passé tout l'après midi à la bibliothèque, plongée dans ses notes de chimie pour l'examen du lendemain. Elle n'avait pas vu la nuit tomber mais ses paupières commençaient à se faire lourdes et son estomac criard réclamait pitance. Il suffisait pour aujourd'hui. Elle rassembla donc ses affaires, jeta son sac par-dessus son épaule et quitta les lieux. Dehors, un petit vent frais revigorant balaya son visage. Dans les allées, quelques étudiants déambulaient çà et là mais le campus semblait particulièrement vide ce soir. Un peu de calme ici bas n'était d'ailleurs pas pour lui déplaire. Elle avançait donc d'un pas tranquille, savourant cette quiétude. Le test de chimie était primordial et bien sûr, elle avait une boule au ventre, mais elle se sentait prête, satisfaite, elle avait bien travaillé. Perdue dans ses pensées, elle émit un petit hoquet de surprise lorsqu'une main s'abattit sur son épaule. Elle tourna vivement la tête pour voir un grand dégingandé mal fagoté lui faire face.
- T'as pas du feu, s'il te plaît ?
Catherine lui fit signe que non et repris sa route en hâtant un peu plus sa marche. Il lui tardait de se retrouver dans son lit.

- Professeur ?
La note d'inquiétude dans la voix était palpable. La jeune étudiante posa une main sur l'épaule de Sam, craignant apparemment qu'il ne s'écroule du capot. Mais alors qu'elle se penchait d'avantage pour sonder son regard, elle retira son bras et fit un pas en arrière. Elle n'aimait pas la manière dont cet homme la regardait.
Sam, sentant ce revirement et conscient de sa cause, parvint à reprendre ses esprits et se redressa en prenant soin de ne pas s'approcher d'avantage. Il baissa les yeux.
- Excusez-moi, lança -t-il gêné, vous m'avez surpris. Je cherchais quelqu'un...
- Catherine Shoew ?
Sam releva la tête pour la regarder à nouveau.
- Oui. Tu...vous l'avez aperçu ?
Un bruit suspect lui fit faire soudain volte face. Il scruta la nuit, le coeur bâtant la chamade. Mais ce n'était que le vent se levant dans les feuilles des arbres. L'étudiante l'observait désormais avec un sourcil froncé, visiblement soucieuse du comportement étrange du Professeur LoNigro.
- Non, mais peut-être serait-il plus raisonnable de lui laisser un message à la résidence ?
Elle lui parlait comme à quelqu'un qui n'avait plus tous ses esprits, sous-entendant il serait préférable d'aller vous coucher, il me semble. Qui sait si elle n'était pas en train d'imaginer qu'il avait bu ?
Qu'elle puisse penser cela lui donna honte, il se sentait cloué sur place, cramoisi et pourtant incapable de décrocher son regard du sien.
- Oh, elle ne devrait pas tarder... Mais je le ferais... si je la rate.
Sam avait lutté pour répondre, articulant démesurément comme s'il craignait de trébucher sur chaque mot. Trop de choses se bousculaient dans sa tête alors que la situation réclamait toute sa vigilance.
- Ecoutez, parvint-il à continuer, vous avez sûrement beaucoup de travail, je ne veux pas vous retenir, vous devriez rentrer, Mademoiselle Fuller.
La sentant surprise et se remémorant ce bon vieux LoNigro, il rectifia :
- Sammy Jo.
Elle leva un bras qu'elle pointa vers Sam, à quelques centimètres de son épaule droite.
- N'est-ce pas elle, là bas ?
Sam suivit des yeux la direction qu'indiquait Sammy Jo. A l'autre bout du parking qu'elle s'apprêtait à traverser, une jeune fille à la longue chevelure dorée s'avançait la tête basse, perdue dans ses songes, pâle comme la lune. Un grand rectangle de lumière s'ouvrit juste derrière elle et Al en sortit en criant que c'était Catherine. Il n'en fallut pas plus à Sam pour retrouver instantanément tous ses moyens. Il se mit à courir en hélant l'étudiante par son nom, faisant de grands signes avec les bras. Catherine se figea devant ce spectacle pour le moins insolite. Le professeur bedonnant, qui l'eu cru, cachait un sacré jeu de jambes ! Sam entrevit une ombre passer derrière Catherine et l'Amiral, mais il n'en était pas sûr. Les yeux de mademoiselle Shoew s'arrondissaient au fur et à mesure que le docteur Beckett accroissait sa course. Parvenant à sa hauteur, essoufflé, il s'arrêta net et fit un tour complet sur lui-même pour scruter les alentours. Catherine, la mâchoire pendante, le regardait reprendre sa respiration, penché en avant, les paumes calées sur les cuisses. Al se projeta en divers points du parking. Une seconde ici, l'autre là, la suivante ailleurs... avant de réapparaître devant son compagnon.
- Il n'y a personne ici. Il a dû filer.
Sam lui lança un regard noir, qu'il pris soin d'adoucir avant de faire face à mademoiselle Shoew.
- Vous tombez bien, c'est une chance, je vous cherchais !
L'étudiante ne put retenir un petit rire.
- On dirait oui !

Il l'a raccompagna jusqu'à la résidence, prétextant qu'il ne trouvait plus sa fiche administrative et qu'il avait besoin de tous ces renseignements au plus vite. Le Professeur LoNigro était du genre lunatique et la disproportion de l'incident sembla plus l'amuser que la surprendre. Elle le fit monter jusqu'à sa chambre et lui demanda de patienter tandis qu'elle remplissait un nouveau formulaire. Lorsque Sam redescendit quelques minutes plus tard, le parking était désert. Et le tueur fou du campus n'agirait plus ce soir...

De retour à l'appartement, Al laissait Sam creuser son sillon sur la moquette du salon en affichant profil bas.
- Mais qu'est ce que tu fichais, bon sang ?! Si tu avais été là un peu plus tôt, on aurait pu le coincer. Non mais tu te rends compte, elle aurait pu y passer et par TA faute !
- Je suis désolé Sam... J'ai eu un contre-temps et...
- Oh, je t'en prie, y'a toujours quelque chose de toute façon ! Quand c'est pas Tina, c'est Ziggy, quand c'est pas Ziggy c'est Gushie et là, c'était quoi hein ?
Al resta silencieux, essuyant stoïquement les foudres de son compère.
- Bien, c'est ce que je pensais, et je ne veux même pas le savoir d'ailleurs !
Sam se planta face à l'Amiral, lui traversant la poitrine d'un doigt accusateur.
- Parfois je me dis, tu n'as aucun sens des priorités !
- Je ferais mieux de revenir plus tard Sam, tu ne sais plus ce que tu d...
- Ah non, c'est trop facile ça, monsieur l'hologramme ! Je veux une explication, et je la veux tout de suite !
Al, blessé par le ton de son ami eut du mal à se contenir.
- Faudrait savoir, tu viens de dire que tu ne voulais rien savoir !

Stalion's Gate - Nouveau Mexique

Sammy Jo revenait de la salle de sport quand elle apprit, presque par hasard, qu'un nouveau "pensionnaire" avait atterri en salle d'attente dans la matinée. Elle fut surprise qu'on ne lui ait rien dit, mais bien plus encore lorsqu'elle eu pris connaissance de l'identité du leapee : le professeur LoNigro. La journée avait passé sans qu'aucun ne l'ait prévenu : personne ne savait-il donc ici que LoNigro avait été son directeur de thèse au MIT ? Donna et Al auraient tout de même dû s'en souvenir puisqu'ils lui avaient fait passer son entretien d'embauche... Mais le trouble qu'elle ressentait était bien en deçà de l'excitation qui la gagnait à l'idée de revoir son cher professeur, et elle l'oublia complètement lorsqu'elle aperçut son maître à travers la baie de la salle d'attente. Pénétrant tout sourire dans la pièce, elle vit le teint du visiteur changer de couleur en un quart de seconde tandis que sa mâchoire inférieure disait bye-bye à celle du haut.
- Sammy Jo ?! Est-ce bien vous ?!
Elle lui répondit par une courbette, en guise de salutation.
- Mon dieu, mais quelqu'un va-t-il finir par me dire en quelle année nous sommes ?

Massachusetts Institute of Technology - Boston

Sam soupira et se laissa tomber lourdement sur le sofa. Il détestait se mettre dans des états pareils et il se maudissait de s'en prendre systématiquement à Al. Il n'avait que lui alors forcément c'était toujours le même qui trinquait.
- Al, dit-il les yeux dans le vide, j'ai vu Sammy Jo ce soir.
Al ne répondit pas sinon d'un léger tic du coin de l'oeil.
- Bon sang, continua t-il, si tu voyais comme elle est grande !
D'un sourire nerveux il ajouta, presque en murmurant :
- et aussi belle que sa mère.
Al se frotta le front du bout des doigts, la mâchoire crispée.
- Je sais Sam... elle est plus belle chaque jour...
Sam redressa la tête et le regarda, comme s'il venait de se souvenir, et c'était exactement ce qu'il venait de se produire.
Dans le long silence qui s'en suivit, toute animosité entre eux avait disparu.
- Elle ne sait pas qui je suis, n'est-ce pas ?
La mine désolée de l'Amiral avait valeur de réponse.
Sam soupira de nouveau.
- Elle a dû me prendre pour un fou tout à l'heure sur le parking.
- Pas toi Sam, LoNigro, rectifia-t-il pour atténuer. Sam, il faut que je te dise, elle a vu le professeur en salle d'attente, ils ont parlé tous les deux et ça, ce n'est pas bon du tout.
- Pourquoi, s'étonna Sam, il ne devrait rien se souvenir quand il reprendra sa place, non ?
- Oui, acquiesça Al, mais le problème n'est pas là et c'est ça qui m'a retenu : à cause des circonstances il n'a pas arrêté de la comparer à toi. Il était surexcité comme s'il venait d'avoir une révélation. J'ai envoyé Verbeena Beeks pour le calmer et j'ai dû prendre des dispositions afin que Sammy Jo soit tenue à l'écart. Je lui ai mitonné que compte tenu de son lien avec le leapee il serait plus raisonnable qu'elle ne le voit plus. J'ai peur qu'elle commence à se poser des questions auxquelles je n'ai pas du tout envie de répondre... Elle l'a plutôt mal pris, j'ai bien dû passer une heure à parlementer avec elle. Elle ne comprend pas, elle dit que c'est injuste surtout qu'elle se souvient très bien lorsque je me suis retrouvé face à moi même en salle d'attente, l'Amiral qui discutait avec le jeune Bingo...
Sam se releva et alla se poster devant la fenêtre, les mains calées au fond des poches, le regard perdu dans la nuit.
- Peut-être est-ce à moi de lui dire la vérité ?
Al se précipita à ses côtés.
- Non Sam, surtout ne fais pas ça !
- Tu ne trouves pas étrange que je sois tombé sur elle aujourd'hui ? Moi je me demande si je ne suis pas là aussi pour ça...
- Sam, elle n'est pas prête ! Si tu lui révèles aujourd'hui que le voyage dans le temps est possible, c'est tout son avenir que tu risques de compromettre.
Ne pouvant voir son reflet dans la vitre, le docteur Beckett se retourna vers l'hologramme.
- Mais elle a le droit de savoir ? Tu dis que la jeune Sammy Jo n'est pas prête, d'accord, je veux bien te croire, mais la Sammy Jo de Stalion's Gate ? Pourquoi ne lui dis-tu rien ?
L'Amiral Calavicci pris une longue respiration avant de répondre, cherchant les mots justes qui pourraient raisonner son ami.
- Sam, je la connais, elle te ressemble. Pour penser à elle, pense à toi, car elle est aussi butée que tu peux l'être. Si elle apprenait que tu es son père, ce qu'elle ferait (j'en mets main à couper) : nous prendre elle aussi par surprise et sauter dans l'accélérateur pour te retrouver. Est ce bien cela que tu veux ? Risquer que nous la perdions elle aussi ?
Comprenant enfin qu'Al avait raison, Sam baissa la tête et serra les poings.
- S'il y a bien quelqu'un hormis toi capable de te ramener un jour, c'est elle, tu le sais n'est ce pas ?

Sam avait passé une nuit agitée, se tournant et se retournant dans son lit, essayant en vain de s'endormir. Il se réveilla en sursaut au petit jour : dans son rêve Sammy Jo l'appelait, lui, mais il ne parvenait pas à la voir. Sam courait pieds nus dans la nuit pour la trouver, suivant la petite voix fluette de sa fille. Lorsque la voyant enfin - une jeune femme de 20 ans avec une voix d'enfant - une ombre effrayante se profilait derrière elle, l'ombre d'un bras armé qui s'apprêtait à s'abattre sur elle.
Le manque de sommeil et le cauchemar l'avaient épuisé. La journée allait être éprouvante...

Il passa toute la matinée à surveiller l'examen des étudiants de première année, luttant pour garder les yeux ouverts et veiller à la tâche. Il pensait à la prochaine victime, mais surtout il pensait à Sammy. Sa dispute avec Al la veille résonnait encore dans sa tête. Parfois je me dis, tu n'as aucun sens des priorités ! Et la culpabilité le gagnait alors que lui-même ne savait plus trop où étaient les siennes. Lorsque la sonnerie retentit, il se surprit à somnoler les yeux ouverts. La chaleur humaine dégagée dans la pièce était étouffante et aller faire quelques pas dehors lui fit beaucoup de bien. Il répondit à l'invitation d'un banc désert en plein soleil, les bras mollement appuyés sur le dossier, la tête en arrière, paupières baissées, laissant les rayons apaisants de l'astre caresser son visage. Ne plus penser à rien. Oublier. Le calme, avant la tempête. Et la tempête avant la suivante. Tout cela cesserait-il un jour ? N'avait-il pas encore assez donné, n'avait-il pas assez payé ?
- Tout va bien Professeur ?
Sam ne put s'empêcher de sourire avant même d'avoir ouvert les yeux.
- Sammy Jo, je vous préoccupe en ce moment dirait-on.
La demoiselle eut une moue gênée.
- C'est qu'hier soir, comment dire...
Sam lui épargna de s'embourber d'avantage en lui faisant signe de s'asseoir. Elle en parut soulagée.
- Je passe sûrement beaucoup trop de temps dans mon laboratoire. Quand j'en sors, l'extérieur me paraît tellement vaste que j'ai un peu tendance à m'agiter et à m'éparpiller, lui lança-t-il l'oeil rieur.
- La science mérite bien des sacrifices, plaisanta-t-elle.
C'était bon de la voir se détendre et sourire. Une vague de chaleur et d'amour venait d'envahir Sam. Il aurait tant voulu pouvoir la serrer dans ses bras.
- Et sachez que vous n'y échapperez pas si vous décidez de continuer dans cette voie !
- Qu'à cela ne tienne, je prends le risque, répondit-elle la voix vibrante et l'oeil déterminé.
- Rien ne vous arrêtera ?
- Est-ce prétentieux d'en être persuadée, demanda-t-elle, sincèrement interrogative.
Le père hésita et pris néanmoins la main de sa fille dans la sienne, la retenant sans forcer lorsqu'il senti le mouvement de recul auquel il s'attendait.
- Il n'y a rien de prétentieux dans tout cela, enchaîna-t-il en appuyant bien sur chaque mot. Ne laissez jamais personne vous en convaincre, quoi qu'il advienne.
Le regard de pure confiance qu'elle lui retourna à cet instant précis le transperça de tout son être.
- Sammy Jo...
- Ne fais pas de bêtise, Sam !
Le docteur Beckett se retourna. Al était planté droit comme un pique derrière lui, le handlink à la main et les traits anxieux.
Sam émis un imperceptible hochement de tête avant de poursuivre.
- Sammy Jo, je dois vous laisser maintenant.
Mademoiselle Fuller fut une nouvelle fois déstabilisée par le professeur LoNigro : pourquoi avait-il soudain un ton si grave ? Pourquoi la regardait-il si intensément ? Elle eut la chair de poule et retira sa main du cocon qui l'enfermait. Ils se levèrent en même temps. Sam lui balbutia un "au revoir, bonnes chances pour vos examens" les yeux rivés sur la pointe de ses chaussures. Elle le remercia mais semblait, elle aussi, indéniablement troublée. Cinq secondes passèrent et Sam sut qu'elle était partie. Lorsqu'il releva enfin la tête, le visage baigné de larmes, il eut juste le temps de la voir disparaître à l'intérieur d'un bâtiment, ses livres sous le bras.

Une journée éprouvante oui, c'était le moins que l'on puisse dire ! Le docteur Beckett n'avait désormais plus qu'une envie : en finir le plus vite possible afin de pouvoir partir d'ici sans tarder. Il n'était pas sûr de pouvoir croiser une troisième fois la chair de sa chair sans pouvoir résister à lui avouer le lien qui les unissait. Al était resté à ses côtés un bon moment, suivant Sam dans les allées empruntées au hasard. Ils n'avaient pas beaucoup parlé et c'était tant mieux. Y'avait-il quelque chose à ajouter ? Le silence avait parfois bien plus de vertus qu'un long discours. Suivant le conseil de son ami qu'il savait soucieux, il regagna ensuite l'appartement pour se reposer un peu. Al devait passer en début de soirée pour régler les détails de leur action, promettant que cette fois il ne lui ferait pas faux bond.
Felicia Martinez était la suivante sur la liste, une étudiante sans histoires, présidente du club d'échecs et plutôt mignonne avec un léger strabisme. Ziggy avait épluché les dossiers des étudiants, leurs casiers judiciaires, leurs comptes bancaires, leur situation maritale actuelle jusqu'à leur évaluation annuelle dans les sociétés où ils travaillaient désormais, sans rien trouver de concluant. Sur les 68 élèves analysés, 4 étaient décédés à ce jour, un de maladie et les trois autres d'accidents de la circulation. Rien de tout cela n'avait permis de tirer le moindre indice. Sam n'était pas convaincu qu'il faille chercher un mobile. Comment savoir si les meurtres avaient pu ou non être prémédités ? Peut-être le tueur répondait-il à des pulsions que lui dictait l'instant ? De toute façon, une fois de plus, il était trop tard pour le démasquer avant qu'il n'agisse. Felicia avait été retrouvée le lendemain dans la partie la moins fréquentée de l'université, et pour cause, les bâtiments y étaient majoritairement en construction. Le docteur Beckett n'avait nullement l'intention de rejouer les sentinelles en attendant que le faucon veuille bien se jeter sur sa proie pour le capturer. Il avait pris trop de risques avec Catherine, de cela il était certain.

 

Sam avance à pas lents sur le bitume, la démarche mal assurée. Le bruit de ses pas résonne dans la nuit épaisse. Le ciel est couvert ce soir, on n'y voit pas grand chose. Son coeur bat jusque dans sa tête et il doit se convaincre à chaque battement que ce n'est bien que le bruit de son coeur. Même le vent retient son souffle, pas un brin d'air, il fait lourd et la sueur lui perle aux tempes. Sam avance dans ce décor édenté de constructions inachevées, un pas devant l'autre, traversant les ombres inquiétantes projetées par les grues démesurées. La lune boudeuse se cache. Il a le sentiment d'être observé, mais Al veille à ses côtés, comme une paire d'yeux plantée dans son dos. Les buissons en friches le narguent, les amas de pierre, de sable et de tôles le narguent, ses propres pas qui résonnent le narguent. Sam avance en balançant ses bras le long du corps, il les sent lourds, irradiés d'une chaleur qui vient battre ses mains moites. Les muscles de son dos sont tendus tandis que ses jambes flageolantes se font molles. Le visage crispé il se répète en litanie qu'il doit tenir, tenir, tenir.
- Sam, derrière toi !
Le signal est lancé, Sam se retourne brusquement. Dans le prolongement d'un bras armé, c'est la lame qui s'abat sur lui. D'un coup de pied sec parfaitement maîtrisé il envoie valser l'objet qui va se perdre dans la nuit, avalé par les buissons.
Son assaillant a le visage déformé par un rictus de surprise mêlée à la rage de voir son action interrompue. Il se jette sur Sam, le serrant au cou de toutes ses forces. Sam se débat, tente de repousser l'enragé et, déséquilibré par ses talons hauts, tombe à terre. Les deux hommes roulent et s'écorchent sur le bitume. Sam ne lâche pas les poignets de l'assaillant, les écrasant pour le faire céder autant que l'autre met d'entrain à comprimer sa gorge. La perruque du docteur Beckett se détache et l'homme reconnaissant le professeur LoNigro resserre son emprise dans une action désespérée. Sam commence à voir trouble, sa respiration devient brûlante, douloureuse, insuffisante. Il entend vaguement Al qui braille au loin, le soutenant comme un coach encouragerait son poulain pendant le round décisif. L'autre aussi crie, comme une bête. Puisant en lui pour trouver toutes les forces qu'il lui reste, Sam parvient à relever un genou et lui assène un violent cou à l'entrejambes. L'effet est instantané, l'adversaire se dégonfle comme une baudruche, la pression se déserre sur le cou de Sam. Il avale une grande goulée d'air et lâchant un poignet se penche en arrière pour donner tout l'élan qu'il peut à son poing lancé dans un uppercut droit sur le visage qui lui fait face. Sonné l'homme reste un instant immobile, assis sur le docteur Beckett. Celui-ci se dégage d'un sec tour de rein et sa jambe libérée vient finir sa course en pleine tête. Cette fois le corps retourné ne bouge plus, gisant de tout son long sur le macadam. Sam se redresse péniblement en s'aidant des coudes et genoux, la respiration encore sifflante. Son accoutrement est en piteux état : un chemisier blanc déchiré, une jupe remontée jusqu'à mi-cuisses à laquelle il tente de redonner quelque tenue en la tirant vers le bas, il a même cassé un talon de ces maudites chaussures en chutant.
Le docteur Beckett s'approche en claudiquant du corps inerte.
- Il est mort Sam, tu lui as brisé la nuque.
Il l'attrape par la chemise et le retourne sur le dos tandis qu'Al compulse le handlink.
- C'est bien un des étudiants de LoNigro. Il s'appelle... Il s'appelait, rectifie-t-il, George Clarence.
Sam le regarde attentivement et ne voit plus rien en lui de cette rage primitive qui l'animait quelques instants plus tôt.
- On ne saura jamais ce qu'il avait dans la tête, se désole Sam.
- C'était toi ou lui, tu n'as pas à regretter Sam.
- Je ne regrette pas, il ne s'en prendra plus à personne.
Et en disant cela c'est avant tout à Sammy Jo qu'il pense.
- Je ferais mieux d'aller me changer avant que LoNigro ne revienne, ajoute-t-il en ramassant ce qu'il a semé sur la route. Que se passe-t-il ensuite ?
- Rien. La police a retrouvé le couteau dans les buissons avec les empreintes de Clarence, explique Al en pianotant. Elle en a justement déduit qu'il s'agissait d'une agression ayant mal tourné et le dossier a vite été bouclé.
- Bien.
Il expire un grand coup.
- Tu me raccompagnes ?

Stalion's Gate - Nouveau Mexique

Al et Sammy Jo étaient accoudés côte à côte à la rambarde de sa terrasse. Le ciel était dégagé, brillant de millions d'étoiles. C'était le mois d'août et il faisait chaud. Tout était calme alentours, dans le désert.
- Il vient de partir.
Sammy Jo hocha la tête.
- Alors il a pris la place de cette fille c'est ça ?
- Oui, il a attendu que tout le monde sauf elle soit parti et il l'a enfermée à double tour au club d'échecs... Un mal pour un bien.
- Et il s'est déguisé en femme...
- Oui, je m'inquiète, plaisanta Al, il a tendance à prendre goût à se travestir !
Mais l'Amiral sentait bien que Sammy Jo restait amère.
- Tu m'en veux encore ?
Elle tourna la tête pour le regarder, et lui sourit finalement après quelques secondes d'hésitation. Il était pardonné.
- Un jour, continua Al, tu rencontreras le vrai docteur Beckett. Crois-moi, il vaut la peine d'être connu. Je suis certain que tu l'adoreras, aussi certain que tu trouveras le moyen de nous le ramener.
Elle acquiesça et tourna de nouveau son visage vers le ciel.
- Oui, quoiqu'il advienne, je ne laisserai personne m'en faire douter, murmura-t-elle les yeux perdus dans le vague.

 

 

Fin

 

 

Une fois de plus, un grand merci à Samalia pour sa précieuse relecture !
 

 Loleap - février 2003.
 

 

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