FAN FICTIONS
 

 EN PARTENARIAT AVEC :    

 

 
Compte à rebours nocturne

  

Coton bleu. Sam flotte, léger, entre deux mondes, attendant l'inévitable et perpétuel choc d'un retour à la réalité, à une existence qui n'est pourtant pas la sienne. Il est voyageur et rédempteur du temps, prisonnier du cycle de sa vie pour avoir osé percer le secret des Dieux.
Et la chute vient, inexorable, brutale. L'espace se rétrécit comme dans un entonnoir, jusqu'à ce qu'il se sente oppressé de toutes parts, comme si quatre murs venaient alors épouser parfaitement ses contours. A cet instant précis, il sait qu'il vient de rentrer dans un nouveau corps, recevant une fois de plus un monde charnel et sensoriel d'un seul coup dans tout son être.
L'obscurité, le noir total, une atmosphère suffocante et chargée de poussière qui brûle la respiration. Bien qu'écarquillant démesurément les yeux, Sam ne voit rien d'autre que le néant. Assis sur ce qui lui semble être un tas de gravats, une douleur lancinante lui remonte de la jambe. N'osant pas la bouger, il se penche en avant pour la tâter. Au contact de son pantalon déchiré, un long frisson lui parcourt l'échine : il sent la peau difforme, accidentée, chaude et visqueuse.
- Oh, bravo !

Rien, absolument rien autour. Aucun bruit non plus. Sam était seul, sans savoir ni où ni quand. L'air vicié était intenable. Sam tâtonna pour trouver la poche de son pantalon. A l'intérieur de celle-ci, il mit la main sur un mouchoir en tissu qu'il s'empressa d'appliquer sur sa bouche en guise de filtre. Il se sentait comme dans une boîte dont on aurait cloué le couvercle. Les yeux lui piquaient, sa jambe l'élançait, et pour couronner le tout, il sentait la panique l'envahir à grands pas.
- Al ? Al, tu es là ?
Une voix :
- Qui est là ?
Une jeune femme, aussi effrayée que lui apparemment. Quant à sa question, il aurait volontiers utilisé un joker.
- Je vous en prie, qui a parlé ? Répondez-moi !
- Je... Qu'est-ce qu'il s'est passé ?, finit-il par lâcher.
- L'immeuble s'est écroulé... Je, je crois que c'est une explosion.
Elle se retenait de pleurer.
- On est coincés là-dessous... Oh, mon Dieu, on va mourir emmurés !
Essayant de faire abstraction de la douleur, Sam tenta péniblement de se mouvoir en direction de la voix qui , lui semblait-il, parvenait de sa droite, à quelques mètres à peine. Son cerveau en alerte maximale cherchait les mots adéquats à utiliser en pareille situation, mais comment apaiser et rassurer alors que lui-même sentait la peur courir comme mille fourmis le long de sa colonne vertébrale ? Ce n'était pas le moment de flancher :
- Etes-vous blessée ?
- Non, je ne crois pas...
- Alors essayez de vous rapprocher. Je crois que ma jambe a subi... quelques dégâts.
Le garrot improvisé avec un bout de sa chemise s'imbibait de sang à vitesse grand V. Mais rien ne servait de l'effrayer d'avantage avec ça. Si au moins il avait trouvé un briquet pour voir l'état de sa blessure et pour chercher une issue. On avait beau être le plus grand scientifique de son siècle, on se sentait bien peu de chose sans lumière et sans aiguille pour recoudre une maudite plaie.
Arrivant à sa hauteur, la jeune femme réfugia sa main tremblante dans la sienne. De l'autre elle se protégeait elle aussi la bouche avec un mouchoir. A entendre ses sanglots étouffés, Sam se sentait désarmé et profondément inutile. La colère commençait à prendre le dessus sur la peur, et ce n'était somme toute pas si mal.
- Calmez vous, je suis sûr que les secours vont arriver... bientôt.
Disant cela, il cherchait à s'en convaincre lui-même.
- Et s'ils arrivent trop tard, demanda-t-elle la voix chevrotante.
- Ca n'arrivera pas, vous m'entendez ? Croyez moi.
Ses mots trouvèrent apparemment écho car elle sembla se détendre un peu, et après quelques secondes lourdes de silence :
- Je... je m'appelle Clara, et vous ?
Exténué par la souffrance, Sam ne chercha même pas à cacher son identité. Et puis à quoi bon, un prénom dans le noir.
- Très bien, alors qu'est-ce qu'on fait maintenant Sam ? On crie ?
Ce n'était pas une bonne idée. Ses sensations lui disaient que l'espace était plutôt réduit et que, par conséquent, l'oxygène aussi.
- Il vaut mieux attendre, et garder nos forces. Ne cédons pas à la panique.
Soudain, une grande lumière blanche et rectangulaire apparut l'espace d'un instant.
- Al, c'est toi ?
- Sam, bon Dieu, je t'ai enfin trouvé ! Gooshie, je l'ai ! Foutu merdier, on voit pas une clopinette dans ce trou !
- Qui est Al, demanda Clara.
Mais Sam était trop soulagé par la présence de son alter ego pour relever la question.
- Al, par ici. Est-ce que les secours arrivent ?
- Ils sont en route. J'arrive vraiment pas à te voir... Comment te sens-tu mon vieux, pas trop de casse ?
- Oh, on ne peut mieux, rétorqua-t-il avec ironie, juste un bout d'os qui se fait la malle...
- Sam, vous me faites peur ! A qui parlez-vous ?
Le docteur Beckett s'aperçut alors que dans son emportement, il avait parlé très fort.
- Ecoutez Clara, je ne peux rien vous dire mis à part que je ne suis pas fou. Ca ne vous parait peut-être pas évident, mais tout ce que je vous demande, c'est de me faire confiance, ou au moins d'essayer ; et je vous jure qu'on sortira tous les deux de là, vivants.
- Bon écoute Sam, coupa Al, dans l'histoire telle qu'elle s'est passée on vous tire de là dans deux heures...
- Deux heures ?! Mais c'est beaucoup trop !
Clara s'était remise à pleurer et à tousser en crachant de la poussière dans son mouchoir de fortune. Elle était seule avec un fou qui s'ignorait.
- Sam, c'est pour elle que tu es là.
Al tapota son boîtier électronique.
- Clara Demoines, elle a vingt-sept ans et travaille ici aux archives de l'entreprise depuis trois ans... Enfin, ce qu'il reste de l'entreprise ! Toi, tu n'as apparemment rien à faire à cet étage : tu bosses au département Gestion. Euh, ton nom c'est... Ah, satané machine !
Sam entendit Al donner des coups à l' objet capricieux dont l'écran luminescent, que seuls les deux hommes pouvaient voir, flottait comme par enchantement dans la pénombre absolue, tel une petite luciole qui se serait égarée.
- Oui, ton nom c'est Denis Rodwell, un petit gars pas très ambitieux, sans histoires, jusqu'à aujourd'hui du moins... L'exposition, non pardon : l'explosion de l'immeuble où vous vous trouvez a été revendiquée par un groupuscule terroriste. Enfin, pas encore mais ça ne va pas tarder...
Sam s'impatienta :
- Je t'en prie, viens-en aux faits Al !
- D'accord, concéda-t-il avant de marquer un temps. Sam, tu es là pour la sauver : elle va lâcher prise d'ici une heure et les pompiers vont se pointer trop tard...
- C'est l'oxygène ?
Al lui répondit que oui. Sam serait récupéré sur la tangente mais Clara n'aurait pas cette chance. Lui ayant fourni ces minces informations, il disparut pour poursuivre ses recherches.
- Clara ? Vous m'écoutez ?
Pas de réponse.
- Clara, je conçois que vous me preniez pour un frapa-dingue, mais si je l'étais je n'utiliserais pas ce mot : frapa-dingue. Et puis si vous refusez que je vous aide, vous... enfin, NOUS, n'avons aucune chance...
- A qui parliez-vous ?
Sam hésita.
- A un ami, une sorte d'ange gardien des moments difficiles... Et aujourd'hui, je vous promets que c'est aussi le vôtre !
- Vous priiez Dieu, c'est ça ?
- J'ai de bonnes raisons de le faire en effet...
Sam lui expliqua qu'il était impératif de se calmer pour respirer posément, et surtout, c'était très important, de ne pas s'endormir. En désespoir de cause la jeune femme lui accorda à nouveau sa confiance. Elle n'avait pas vraiment le choix. Serrés l'un contre l'autre dans un silence d'or, ils écoutaient leur respiration mutuelle, dont ils contrôlaient minutieusement la régulation.

Le temps s'écoulait comme une goutte d'eau dans la mer immense où Al n'avait toujours pas refait surface. Sam ne sentait plus sa jambe, ce n'était pas forcément bon signe mais cela avait au moins l'avantage de le soulager. Par contre, il devait désormais lutter contre l'envie d'abaisser ses paupières au sommeil. De son côté, Clara était merveilleuse de coopération. Il fallait gagner du temps. Mais encore combien à tenir ? Sam, engourdi, se laissait aller. Il imaginait le doux visage aux traits fins qui pouvait se cacher derrière le souffle qui lui parvenait. De grands yeux verts peut-être, des cheveux clairs tombant en cascade sur les épaules...
- Sam ?! Réveille toi !
Sam sursauta à la voix de Al.
- Bon sang de bonsoir, Sam, elle s'est évanouie !
Les dernières brumes de son délicieux rêve s'évaporèrent complètement face à la culpabilité ressentie de s'être ainsi assoupi. Il tapota le visage de Clara tandis que l'Amiral, quelque part derrière lui, ne cessait de lui crier de faire quelque chose. Elle ne réagissait toujours pas. Sam se mit à lui insuffler de l'air pour la faire revenir à elle, mais ce faisant il commençait lui même à faiblir. Il fallait absolument la réanimer, et vite. Alors qu'il se sentait sur le point de défaillir à son tour, fébrile et les bronches en feu, son obstination porta ses fruits.
- Arrête de brailler Al, parvint-il a dire d'une voix sifflante, je crois qu'elle se réveille...
Une violente quinte de toux coupa net son propos et il lui fallut plus d'une minute pour retrouver un souffle approximativement stable.
- Combien de temps encore ?
- Vingt-trois minutes Sam. On a gagné trente-sept minutes, mais bon sang, on a failli la perdre !
- Oh ça va, bougonna Sam, si MONSIEUR avait été là, je ne me serai certainement pas endormi...
- Vous causez encore à votre ange gardien ?
Clara émergeait doucement. En fait, Sam la sentait à bout de forces.
- Vingt-trois minutes Clara, il faut tenir vingt-trois minutes ; ils sont tout près.
- Comment pouvez-vous le savoir, demanda-t-elle encore comateuse.
- Je le sais, c'est tout ce qui compte.
Al s'était tut, assis à côté de son compagnon même si ni l'un ni l'autre ne pouvaient se voir. Il se sentait responsable de ce qui avait failli survenir. Sam avait raison, il aurait dû être là. De son côté, Sam regrettait ses paroles, ce n'était pas très malin de se faire les nerfs sur ce pauvre Al qui, il le savait, se faisait un sang d'encre pour lui , et puis, ce n'était pas très honnête non plus de vouloir lui faire porter le chapeau de ses propres négligences. Mais il n'y avait pas un instant à perdre à se lamenter. La solution était là, quelque part, restait maintenant à la trouver...

Ziggy annonçait une meilleure situation, mais la partie était encore loin d'être gagnée. L'air se raréfiait de plus en plus. Al transmettait régulièrement le compte à rebours à Sam qui, à son tour, l'indiquait à Clara pour la tenir éveillée. Chaque mot qu'il pouvait lui dire l'essoufflait un peu plus, mais qu'importe si au moins elle le croyait et qu'elle continuait à se battre.
A l'heure H moins dix minutes, un marteau piqueur se fit entendre sur leur gauche. Les deux rescapés se mirent spontanément à crier pour signaler leur présence ; même Al beuglait comme une vache enragée. Au bout de quelques instants, Sam s'aperçut que Clara s'était arrêtée. Il lui tapota l'épaule. Aucun mouvement. Elle avait replongé. Puisant dans les minces ressources qui lui restaient, Sam se mit à crier de plus belle. Al aussi. Des gravillons tombèrent soudain par terre : ils avaient fait une brèche dans le mur.
- Vous êtes combien là-dedans, questionna une voix étouffée de l'autre côté.
- Deux, dépêchez-vous, répondit Sam essoufflé. Al, que dit Ziggy ?
- C'est toujours mauvais, c'est toujours trop long ! Ils ont fait un trou pas plus gros que mon pouce... Ce foutu mur aurait été en papier mâché, ça aurait arrangé tout le monde !
Le docteur Beckett luttait pour réfléchir. Son cerveau n'était plus alimenté comme il aurait dû. Son esprit était comme pris dans un nuage de ouate. Neuf minutes. C'était beaucoup trop. De l'oxygène, c'est ça qu'ils leur fallait.
- Envoyez-nous de l'air, peina-t-il à dire.
Le chef des opérations lui répondit alors de patienter encore un peu, le temps de percer cette satané paroi.
- Non, tout de suite ! Faites passer un tube...
La phrase avait franchit le pas de sa bouche s'en même qu'il s'en rende compte. L'idée qu'il cherchait venait de se manifester comme par instinct de survie.
Sam reprit difficilement sa respiration. Maintenant il voyait des étoiles. Personne ne lui avait répondu, mais il sentait l'agitation derrière le mur. Il n'avait pas la force de demander s'ils avaient bien compris que c'était maintenant ou jamais. Une fois encore, il se sentait repartir à la dérive, de plus en plus détaché de lui même et de la situation, comme si tout cela n'avait plus vraiment d'importance.
A l'heure fatidique moins six minutes un bruit se rapprocha et quelque chose toucha le pied de Sam.
- Vous l'avez, s'enquérit le chef des opérations. Eh-oh ? Vous m'entendez ?
Rien. Al, comprenant que Sam avait une nouvelle fois déconnecté, se mit à lui vociférer dans les oreilles :
- Sam, bon sang, attrappe-moi ce bon dieu de tuyau !! Sam ?! Je t'en prie, pense à Clara !
L'amiral Callavicci ne se rendait pas compte qu'il passait sa main d'hologramme au travers du corps de son ami, comme pour le secouer, le faire réagir. Sam entendait Al de très loin. Quelque chose en lui lui disait de laisser tomber, mais l'autre voix (la sienne, ou celle de Al, il ne savait pas très bien ) lui ordonnait de tendre la main. Il bougea finalement ses doigts. Dieu qu'ils étaient lourds, et son bras encore plus lorsqu'il chercha à l'avancer. Il ne sentait rien. Y'avait-il réellement quelque chose à ses pieds ? Il essaya plus à droite et, là encore, ne toucha que du vent. Plus à gauche son pouce effleura quelque chose. C'était le tube ! Il le saisi, tira. Quel étrange tuyau, si lourd, si loin. Sa main se rapprocha de sa bouche. Il aspira, rien ne vint. Prenant peur, il aspira une seconde fois de toutes ses forces, et enfin une goulée d'air pur, frais, divin, s'engouffra dans ses poumons. Il en prit une deuxième. Les étoiles devant ses yeux redoublèrent avant de s'estomper progressivement. A la troisième il sentit l'énergie neuve d'une renaissance parcourir tout son corps. Il tâta pour trouver le visage de Clara et lui engouffra le tube dans la bouche. Rapidement un sifflement se fit entendre : elle se gavait d'air. Il retira l'objet, attendit et recommença l'opération. La jeune femme revint à elle aussi rapidement qu'elle s'était évanouie. Ils se passèrent ainsi le tuyau à tour de rôle, sous le bruit réconfortant du marteau piqueur.
C'était gagné. Accusant le contre choc et désormais un tant soit peu suroxygéné, le docteur Beckett se mit à rire nerveusement. Clara ne tarda d'ailleurs pas à faire de même. Avec elle il avait partagé l'enfer. Même s'il ne la voyait pas, il se sentait infiniment lié à cette femme. La tête posée sur son épaule, Clara ne se souvenait pas avoir été aussi vivante depuis bien longtemps.
- Vous êtes une personne bien étrange, Sam. Et je tiens à vous faire la promesse que jamais plus je ne me moquerai des anges gardiens !
Même si cela n'était pas vraiment utile, Sam ferma les yeux avant de la serrer dans ses bras. Et tout en se transmutant, il savait que jamais son coeur n'oublierait ce visage inconnu.

 

FIN

 

 

Un grand merci à l'Amiral pour sa précieuse relecture !

 

  Loleap - juin 1997.
 

 

Votre avis ? Un commentaire ? Signez le Livre d'Or sur Quantum Leap Fanfictions