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 L'instant présent

  

Léger comme l'air, il flotte partout et nulle part à la fois. Mais rien ne l'apaise tant il brûle de rentrer chez lui. Soudain aspiré, tiré vers le bas dans un tourbillon de particules bleutées, il attend de sentir son corps intégralement recomposé pour ouvrir les yeux. Sam regarde autour de lui. Un couloir blanc, long, étroit et désert. Rien de bien particulier, Si ce n'est une impression... de déjà vu.
Dans un haut-parleur, une voix hybride mais féminine :
- ... s'effectuer. Je répète, l'Amiral Callavicci doit se rendre au caisson holographique, la transmutation vient de s 'effectuer.
Ziggy ? Ziggy !! Sam saute en l'air et retombe à genoux, les bras ouverts, tendus vers le ciel masqué par le plafond.
- Oh bravo !

Le docteur Beckett avait envie de pleurer, de rire, crier, courir, bondir, et bien plus encore. Chez lui, il était chez lui.
Pourquoi aujourd'hui, il n'en savait rien ; tout ce qui comptait, c'est qu'il avait réussi. Survolté et au comble du bonheur, il se mit à cavaler au hasard de ses souvenirs, un couloir à gauche, une porte à droite, une rampe d'escalier prise à la volée. Les gens qu'il croisait en trombe se retournaient sur son passage, et lui ne pouvait s'empêcher de clamer à qui voulait ou ne voulait pas l'entendre " je suis là, je suis là ! ". Au bas des marches il s'arrêta net, les yeux et la bouche grands ouverts comme s'il n'y croyait pas encore. Devant lui trônait la merveille des merveilles, sa création, son enfant chéri : Ziggy. La gorge nouée et la voix tremblotante, il murmurait qu'il était là, tantôt sur le ton interrogatif, tantôt sur le ton affirmatif. Mais son coeur se mit à battre plus encore lorsqu'il aperçut son ami de toujours, son compagnon de voyage, débouler d'une pièce adjacente pour venir se poster lui aussi face à l'énorme machine qu'il interpella sans ménagement :
- Ziggy ! C'est quoi ce bazar ?! Le caisson a pété un boulon ou quoi ? Tous les voyants s'allument et je suis toujours là ! Qui va encore se faire sonner les cloches par Sam parce qu'il est encore à la bourre ? Et ben c'est encore bibi !
Sacré Al. Toujours fidèle à lui même. Sam avait fait le tour de l'ordinateur sur la pointe des pieds pour prendre son vieux complice par surprise. Il lui posa la main sur l'épaule. Combien de fois ce geste anodin s'était, ces dernières années, soldé par un échec ne laissant place qu'à la frustration de voir sa main matérielle traverser le corps de son ami immatériel ? L'Amiral se retourna. Sam avait le sourire jusqu'aux oreilles. Al leva un sourcil mais rien ne s'adoucit dans l'expression de son visage.
- Oui ? Qu'est-ce que vous voulez ? Si c'est pour me dire que ça marche pas, c'est pas vraiment un scoop de première.
Un instant Sam crut qu'il lui faisait une blague, le genre de blagues bien lourdes signées Al. Mais son regard n'était pas normal, même en colère Al n'avait jamais fixé Sam de cette manière. Il était froid, distant, comme avec... un étranger. Sam voulut dire un mot mais aucun son ne sortit. Al se détourna de cet opportun un peu timbré qui restait la mâchoire pendante.
- Bon Ziggy ? C'est pour aujourd'hui ou pour demain, bougonna-t-il.
Sam pris une forte respiration et parvint à articuler :
- Ziggy, est-ce que tu m'entends ?
Le silence précédant la réponse parut durer une éternité.
- Je vous entends. Je vous entends, docteur Beckett.
Tous les techniciens qui fourmillaient dans la salle se figèrent. Al se tourna à nouveau vers l'homme, hésita mais finit par secouer la tête.
- Ziggy, t'es malade ou quoi ?! Tu fais dans l'humour maintenant ?
- Amiral, une compétition d'humour entre vous et moi pourrait être des plus enrichissantes, mais la question n'est pas là. Le docteur Beckett vient de me demander si je l'entendais et je lui ai par conséquent répondu que oui.
- Et ben, c'est Jeanne d'Arc qui va être contente !
- Ce que je veux dire, Amiral, c'est que le caisson holographique ne peut fonctionner si le docteur Beckett est ici et maintenant. Et il se trouve que son corps est toujours en salle d'attente ; mais tout m'indique que ses ondes cérébrales proviennent bien de la personne derrière vous.
Al se retourna pour la troisième fois. L'homme était assis par terre, la tête entre les mains. Al se pencha doucement.
- Sam ?
Sam pleurait. Il en avait assez. C'était injuste.
- Pourquoi, Al ? Combien de temps ça va encore durer ? Tu ne comprends pas ? Je croyais que c'était fini, que cette fois je rentrais vraiment à la maison !

Il était rentré, c'était indéniable. Le problème, c'est qu'il n'était toujours pas Sam. Quelle que soit l'entité céleste qui l'avait dirigé toutes ces années, il ne pouvait comprendre qu'on lui infligeait pareille cruauté. C'était lui montrer le gâteau qu'il ne pouvait manger, c'était lui montrer tout ce qu'il ne pouvait avoir et ce qu'il avait déjà raté. Jamais il n'avait autant eu l'impression d'être un pantin.
Al et Sam s'étaient rabattus dans une salle isolée, assis face à face, accoudés à une table étroite.
- Tant pis pour ce Paul Brehen, je suis là, je reste.
- Sam, tu ne peux...
- Non Al, je ne partirai pas ! Bien sûr, pour toi c'est facile de me faire la morale !
- Sam, tu es injuste, tu sais combien je voudrais te voir rester... Attendons de voir ce que dit Ziggy. Ziggy ?
- Oui, Amiral ?
- Pourquoi le docteur Beckett est-il là ?
- Désolé Amiral, ma banque de données ne recouvre malheureusement pas l'avenir.
C'était la première fois que Sam faisait un bond dans le présent. Il avait enfin Al et Ziggy réellement sous la main, mais ces derniers ne pouvaient lui être d'aucun secours. Un comble... Il eut tout de même une idée, car sa détermination à rester n' entamait en rien sa curiosité.
- Ziggy, en prenant tous les éléments que tu possèdes sur Paul, tu devrais être capable de faire une extrapolation, non ? La question resta quelques secondes en suspens.
- Paul Brehen, trente-sept ans, affecté au service C.Q.S.D, Code Quantum Secret Défense. Aucune famille à charge, Si ce n'est sa mère ; et je remarque qu'elle a été hospitalisé il y a un mois. Le dossier fait état d'un cancer en développement.
L'ordinateur se tut un instant.
- Je consulte à présent l'affiliation de Mme Jane Brehen pour la prise en charge médicale. L'aide accordée lui est insuffisante pour envisager un réel traitement.
Autre silence.
- Le salaire de M. Brehen est également insuffisant pour l'aider.
Al s'agitait sur sa chaise.
- Bon, sa mère est pauvre, malade, c'est bien triste, je te l'accorde, mais ça nous mène où tout ça ?
Sam commençait à percevoir la logique démonstrationelle de Ziggy, non sans fierté puisqu'il l'avait créée.
- Ziggy, quelle est la meilleure solution pour que Paul trouve l'argent qui lui manque ?
Al répondit qu'il n'avait qu'à sonner à Fort Knox. . . Ni Sam ni Ziggy ne relevèrent la plaisanterie.
- Dans cette éventualité, la solution la plus probante, à 87%, serait que Paul trahisse...
- ... et qu'il vende des informations, termina Sam. Mais à qui ?
- A ces fouineurs de journalistes, rétorqua Al.
- Très juste... Ziggy, maintenant dis-nous quelles révélations faites au public pourraient être préjudiciables au projet en lui même ?
Sam expliqua à Al, voyant qu'il commençait à être largué, que si les révélations n'avaient pas de répercussion sur Code Quantum, il n'aurait pas été transmuté ici. En conséquence il pensait être là pour sauver Code Quantum.
- Je dirais, répondit l'ordinateur, que la révélation de ma structure pourrait causer un scandale fatal au projet.
C'était clair. C'était le même piège qui avait failli faire avorter le projet avant son aboutissement. Si le secret défense était rompu et que le comité d'éthique, suivi d'une multitude d'associations, apprenait que des cellules humaines, issues du cerveau de Sam et d'un doigt de Al, avaient été utilisées pour confectionner le super-ordinateur, le Centre du Nouveau-Mexique signerait son arrêt de mort.
Al regardait Sam sans mot dire. Il avait compris tout cela, et il savait ce que cela impliquait.
- Sam... Je, je suis désolé. Je sais pas quoi dire mon vieux...
- Je sais, Al. J'ai le choix entre accepter ma mission et sauver Code Quantum, ou faire clôturer le projet, ce qui ne m'empêcherait pas de repartir ailleurs, mais me condamnerait à ne plus pouvoir revenir... C'est dire que j'ai le choix ! Il faut que je vois Paul, ajouta-t-il.
Al tressaillit.
- Tu veux rentrer dans la salle d'attente ?! Mais c'est toi que tu verras là bas !

Les deux hommes se regardèrent bouche ouverte de stupéfaction, l'un et l'autre face à leur propre image. Paul avait très vite compris ce qui se produisait en atterrissant dans la salle d'attente et dans le corps du docteur Beckett. Sam s'était préparé à sa propre rencontre. Mais pour les deux hommes, il n'y avait pas à dire, c'était un choc !
Sam trouva son corps vieilli. C'est que du temps il s'en était passé ; et cette triste réalité qu'il ne pouvait à cet instant ne pas voir lui laissait un goût désagréablement amer dans la bouche.
De la vitre sans teint Al regardait l'étrange ballet de leur conversation qui n'en finissait pas. Sam était calme tandis que Paul, empruntant les expressions de son hôte corporel, passait graduellement de la prostration au repli sur lui même suivi d'une rédemption noyée de larmes. Sam se leva enfin et sortit vraisemblablement résigné. Al l'attendait à la sortie et lui demanda si c'était fait.
- Oui c'est fait, répondit Sam. Arrange toi pour prendre dans les caisses ce qu'il faut à cet homme et à sa mère. Comparé à notre budget, la commission n'y verra que du feu.
Ils débouchèrent à nouveau dans la salle principale de l'ordinateur. Elle était bondée. Mais le silence était absolu. Le bouche à oreille avait en quelques heures révélé à tous la présence du grand patron. La famille Code Quantum était au complet et chacun savait que d'ici quelques minutes l'élément fondateur de la communauté repartirait à nouveau.
Al s'approcha de l'oreille de Sam :
- Tu n'as plus beaucoup de temps...
Sam hésita avant de parler. Sa voix était assez forte mais chevrotante d'émotion :
- Vous tous, réunis... jamais je n'oublierai cette image. C'est elle qui me donnera la force, pour revenir. Je ne sais comment vous remercier d'être encore là, de veiller sur moi sans perdre espoir qu'un jour... J'ai confiance en vous, gardez confiance aussi. Merci, merci encore.
Sam se tourna vers Al. Le sourire qu'il tenta d'ébaucher comme pour dire " c'est pas si grave, va " vacilla lamentablement. Al tira son ami à lui et ils se tombèrent l'un l'autre dans les bras. Tous les yeux étaient rivés sur eux, toutes les bouches étaient closes. Le scientifique sentait une fois de plus le tourbillon monter en lui, sans pouvoir rien y faire, sans lutter, prisonnier de sa découverte de génie.
- A tout de suite Sam, bafouilla Al, se cramponnant au col de sa chemise comme si cela avait pu le retenir.
La dernière chose qu'entendit le docteur Beckett avant que l'impitoyable lueur ne l'emporte fut la douce voix de Ziggy :
- Bon voyage, Docteur Beckett.

FIN

 

Merci à l'Amiral " Capello " pour sa précieuse relecture !


 

 Loleap - décembre 1996.
 

 

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