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 LEAP STORY

  

- Mais qu'est ce qu'il fait ?!
Les deux hommes ont les yeux rivés sur l'écran numéro quatre, mi-amusés, mi-intrigués.
- J'en sais fichtrement rien !
- Peut-être... peut-être qu'il nous a repérés ?
Ils se regardent et éclatent de rire.
- C'est ça, ouais, il nous a repérés !

*****

Sam ouvre les yeux et son premier réflexe est d'y porter la main en visière. Il y a toujours un temps d'accoutumance à la lumière quand il saute dans un nouveau corps, mais là, c'est comme s'il avait regardé le soleil en face, ébloui. Il cligne des yeux et les taches sombres s'estompent progressivement. Et ce qu'il voit alors le surprend : contrairement à ce qu'il pensait, il n'est pas dehors. La lumière n'est pas celle du soleil mais celle d'un spot particulièrement puissant, comme ceux qu'on utilise au cinéma ou à la télévision. Il remarque d'ailleurs d'autres spots identiques au plafond de la pièce où il se trouve. Est-ce une vraie cuisine ou un décor de film, se demande t-il. L'horloge du four indique 2h30 du matin. Un mouvement attire son attention. Il se retourne et lève la tête. L'objet, une caméra, est braqué sur lui. Sam fronce les sourcils et s'approche. Depuis combien de temps utilise-t-on des caméras de vidéosurveillance au cinéma ?
Il s'approche encore, la caméra s'incline légèrement vers le bas, suivant son mouvement. Sam ne sait plus trop lequel des deux fixe l'autre. Il fait alors un pas vers la gauche. La caméra le suit. Deux petits bonds à droite. Elle le rejoint une nouvelle fois. Sam affiche alors un petit sourire frondeur et se jette à terre. Il s'accroupit contre un meuble de cuisine, dans un angle trop bas pour les fixations de la caméra.
- J'tai eu ! jubile-t-il.
Mais la sensation d'être observé n'a pas disparu, à juste titre, car de sa nouvelle position il peut voir à quelques mètres, dans une autre portion du décor, une seconde caméra qui vient d'achever son mouvement droit sur lui !
- Sam, surtout ne dis pas un mot !
Le docteur Beckett se retourne, surpris.
- Al ! Mais qu'est ce...
Al se précipite sur Sam et lui met la main devant la bouche à défaut de pouvoir réellement le faire taire.
- Chut ! Suis moi.
Sam se relève et emboîte le pas à son ami, traversant un large salon aux couleurs chatoyantes, longeant une immense baie vitrée plongée dans la nuit. Alors qu'il se déplace, la caméra suit son mouvement, relayée par une troisième au fond du couloir qui lui fait désormais face. C'est à n'y rien comprendre !
Au milieu du corridor, Al s'arrête et montre du doigt une porte à Sam avant de passer sans scrupules à travers. Sam soupire : il a horreur de cette habitude qu'a son ami de traverser tout ce qui lui passe sous la main. Il se demande d'ailleurs si, parfois, celui-ci ne le fait pas juste pour le plaisir de le voir râler ! Le Docteur Beckett attrape la poignée et ouvre : les toilettes, forcément ! Sam referme la porte tout en jetant un bref regard circulaire à la pièce exiguë.
- Ne t'inquiète pas Sam, lui dit Al en pointant la caméra, celle-ci n'est pas branchée, j'ai vérifiée : ni son ni image. On peut parler tranquillement ici. Mais pas trop fort quand même, les murs ont des oreilles...
- Al, qu'est ce que c'est que ce cirque, chuchote Sam.
- Ce cirque ? Al prend un air taquin. Tu ressens quoi là ?
- Je me sens... épié de partout et je n'aime pas ça. Tu vas enfin me dire ce qu'il se passe ici ?!
Al offre un large sourire à son compagnon, le fameux sourire pétillant et moqueur de l'Amiral.
- Excuse-moi vieux, mais c'est vraiment trop drôle !
Sam est agacé, il n'apprécie pas qu'on se moque de lui.
- Al !
- Ok, ok, t'énerve pas. Mais avoue, tout de même, voir un si brillant et talentueux scientifique devenir à son tour le rat du laboratoire... Y'a peut-être une justice finalement !
- Je suis content que tu passes du bon temps sur mon compte, réplique Sam les mâchoires crispées, maintenant ça te dérangerait de m'expliquer ?! Si ce n'est pas trop te demander, bien sûr !
Sur quoi, Al tente de reprendre son sérieux.
- C'est simple : tu es la vedette d'un jeu télé, tout ce que tu dis, tout ce que tu fais est filmé, 24 heures sur 24. Je te l'ai dis : cette fois, la souris du labo, c'est toi !
Sam fronce les sourcils.
- Je comprends pas bien : c'est quoi le but du jeu ?
- Au départ il y a 12 candidats enfermés, 6 filles, 6 garçons. Chaque semaine, les téléspectateurs éliminent un rat. Le couple de rats le plus populaire, celui qui restera jusqu'au bout dans la cage a gagné !
Sam ouvre la bouche, la referme et s'affale sur la cuvette en se prenant la tête dans les mains.
- Oh bravo !

*****

Al avait raison : j'avais vraiment l'impression d'être un rat ! A quatre heures du matin, couché sur mon lit dans la pénombre d'une chambre ronflante peuplée d'inconnus aux motivations qui me dépassaient, je n'arrivais toujours pas à trouver le sommeil. L'oeil de Moscou était au dessus de ma tête, froid mais jamais longtemps immobile. A peine étais-je parvenu à m'endormir qu'une voix sortie des murs sonnait le réveil de la joyeuse communauté, et en musique s'il vous plaît. Je n'avais donc pas rêvé : ceci était réellement un cauchemar ! Voulant rassembler mes esprits embrumés j'avais pris la direction de la salle de bain, mais l'envie d'une bonne douche disparut aussitôt aperçue la caméra qui surmontait le pommeau ! Ecoeuré, je retournais à la cuisine pour me consoler avec un petit déjeuner... Là au moins, je ne risquais pas grand' chose. A peine grillé deux tartines qu'une plantureuse colocataire venait à son tour s'installer à la table.

- Je peux ? dit-elle tout sourire, s'emparant d'une des deux tartines. T'es chic, merci !
Sam la regarda beurrer son pain...
- Bien sûr, sers-toi !
... et réalimenta le grille-pain en soupirant.
Dix minutes plus tard, ils étaient 8 à table, aussi agités que des mouches sur un pot de miel. Il avait dit " salut " à tout le monde, ne connaissant finalement personne. Pour l'instant il se contentait d'écouter et d'emmagasiner le plus d'infos possible, mais les entendre tous brailler en même temps provoquait quelques petites interférences dans son récepteur ! Miss pain grillé, elle s'appelait Gabrielle, était désormais toute occupée à se refaire les ongles, les tartinant gaiement de vernis pailleté.

Voix off : " Donald, peux-tu te rendre au confessionnal s'il te plaît ".

Sam dressa un sourcil, ne vit personne bouger mais déduisit des quelques regards qu'on lui jetait que ce message lui était destiné. Le confessionnal, ça devait être cette pièce molletonnée à côté des cabinets. Il s'y rendit donc comme on se rend à confesse, se demandant de quels péchés il pourrait de toute façon bien pouvoir faire l'inventaire, de ceux de Donald dont il ne savait rien, de ceux de Sam Beckett dont la mémoire était plus que parcellaire.

*****

La pièce où il entre lui fait penser à une cellule capitonnée, si ce n'est la draperie rouge vif légèrement oppressante. Sam s'assoit sur le vaste fauteuil central, un fauteuil aussi mou que les murs. Face à lui, une caméra, personne derrière. Sam, mal à l'aise, se racle la gorge. Comme rien ne se passe il tapote le micro accroché au bras du fauteuil.
- Allô ?
Une voix suave (qui fait penser à tout sauf à un prêtre) :
- Bonjour Donald. Parle nous un peu de Gabrielle.
Sam regarde la caméra et sourit niaisement à la question.
- Gabrielle ? Comment dire, oh, vous savez... Gabrielle... c'est Gabrielle !
Sam se sent vraiment empoté et l'atmosphère le rend nerveux.
- Tu peux nous en dire un peu plus ?
Sam est bloqué, il n'arrive à rien à part sourire.
- J'ai vu que tu lui as fait du pain grillé ce matin ?
Sam commence à rire bêtement.
- Oui, c'est vrai, répond-il. Gabrielle, elle... elle aime le pain grillé... Gabrielle a de très jolis ongles aussi, des ongles... pailletés... J'aime beaucoup les ongles de Gabrielle.
- Gabrielle a surtout une paire de...
Sam se retourne surpris mais aussi incroyablement soulagé :
- Al !
- ... roploplos à vous faire...
" Al ?" questionne la voix.
- ... tourner la tête plus vite qu'une vis sur une perceuse !
Le docteur Beckett jette un regard réprobateur mais résigné à son ami.
- Al... Hal... hallucinant, comme ils sont beaux ses ongles, répond-il en se remettant de nouveau face à la caméra.
Sam ne sait trop comment interpréter le long silence qui s'ensuit.
" Merci Donald. Tu peux sortir. "
Sam offre un dernier haussement d'épaules désolé à son confesseur invisible et quitte la pièce, refermant la porte après qu'Al soit passé.

*****

- Dis moi pourquoi je suis là, j'aimerais décamper au plus vite !
Le Docteur Beckett et son hologramme se sont à nouveau rabattus dans les toilettes.
- Sam, tu ne sais pas profiter je t'assure, cet endroit est plein de bonnes choses. Des belles filles enfermées rien que pour toi, des dortoirs mixtes, une porte de douche si transparente que s'il n'y en avait pas ce serait pa...
- Al, t'as pas été les reluquer sous la douche tout de même, s'offusque Sam.
Al tire sur son cigare.
- Je les ai ratées de peu.
- Alors revenons à nos moutons.
- A nos poules, plutôt, rétorque Al en lâchant une nouvelle volute de fumée. Car il s'agit bien de poules.
- Chez moi on dit des femmes, mais apparemment on n'a pas été élevé...
- ... dans le même poulailler, poursuit son duettiste, visiblement amusé par la situation et tapotant sur la calculette qu'il sort de sa poche. Je parlais de la raison de ta présence ici, Monsieur La Morale : les poules ; et pas de ces délicieuses créatures derrière cette porte qui, si je pouvais... Al soupire.
- Je commence à avoir un mal de crâne... ! Tu pourrais m'expliquer avant que je ne devienne... chèvre !
Al fait mine d'applaudir le jeu d'à propos.
- Selon Ziggy, tu es là pour empêcher qu'une de ces jolies petites gallinacés qui trottinent dans le jardin se noie dans la piscine.
- Tu plaisantes ?
- Ce serait tentant ! Le trépas de la poule a fait un pataquès de tous les diables, tu n'imagines même pas jusqu'où cette histoire est allée...
Mais Al s'arrête net car de l'extérieur, ils entendent un cri strident à vous glacer le sang. Tandis qu'Al disparaît instantanément d'un simple bip sur une touche, Sam ouvre la porte des toilettes à la volée et traverse le couloir en courant. Les habitants qui étaient encore à table se précipitent vers le jardin et Sam fait de même, suivant ce cri qui semble ne jamais vouloir finir. Ils sont tous agglutinés autour de Gabrielle, n'osant l'approcher : elle n'en peut plus d'hurler, complètement hystérique, se tenant la tête comme si elle allait s'envoler sans ce soutien. Sam se fraie un chemin, attrape Gabrielle par les épaules et la secoue sans ménagement.
- Quoi Gabrielle, quoi ?!
Le cri se meurt enfin dans sa gorge, se finissant en un long sanglot, qui lui, ne fait que commencer.
- Cocotte... Cocotte, elle est sous la bâche de la piscine, elle bouge plus ! Cocotte est morte ! Sur quoi, elle se laisse tomber à terre en pleurant. Deux copines s'agenouillent aussitôt auprès d'elle pour la réconforter.
- Je voulais retirer la bâche pour me baigner tente-t-elle d'expliquer laborieusement entre deux sanglots, et j'ai vu une patte, et j'ai vu des plumes, et j'ai vu Cocotte.
Sam se colle au bassin et tire sur la bâche qui le recouvre. Un des garçons, Luc, lui donne un coup de main. Les autres n'ont apparemment pas encore décidé comment il fallait prendre la chose. La bâche est ôtée, et là, vision d'horreur, au milieu de la piscine flotte Cocotte, la tête sous l'eau. Luc tend un bras et parvient à ramener vers le bord la boule de plumes trempée. Il la prend à deux mains et la colle à son oreille.
- Aucun tic-tac, je crois que c'est grillé...
- T'es sûr ? On pourrait tenter gaz du sang - iono - deux ampoules d'adré, plaisante un troisième larron à qui un quatrième donne aussitôt un coup de coude bien senti.
Une des filles propose alors qu'on fasse un massage cardiaque à Cocotte, et du bouche à bouche, " du bouche à bec plutôt ", corrige t-elle.
- Vas-y Sam, fais quelque chose, l'encourage Al.
- Bah bien sûr, je suis docteur moi, pas vétérinaire !
Tous se retournent vers Sam. Gabrielle, les yeux plein de larmes et d'espoir lui demande " Comment ça, tu es docteur ? Je croyais que tu étais charpentier ? ".
Sam les regarde tour à tour avec son petit air gêné.
- Je veux dire, j'ai mon brevet de secouriste... mais pour ce qui est des animaux... et puis, je ne vois pas trop comment je pourrais lui souffler dans les poumons à cette pauvre bête !
Le regard de Gabrielle s'illumine : elle a une idée ! Elle se précipite à l'intérieur du bâtiment. De la baie vitrée on la voit fouiller sans ménagement un des tiroirs de la cuisine. Elle revient quelques instants plus tard, lève son bras triomphalement à la vue de tous, une paille jaune fluo à la main.
- C'est trop tard, ça ne marchera jamais, dit Sam à l'attention de son acolyte invisible. Et tous en choeur lui répondent que si, faut essayer.
Al hoche la tête.
- Vas y Sam, sauve au moins les apparences.
Sam prend la paille que lui tend Gabrielle et va s'accroupir à côté du petit corps inerte de Cocotte. Il lui enfonce la paille dans le gosier et se met à souffler en faisant la moue pendant que tous, dans un silence de plomb, retiennent leur respiration. Sam se demande combien de temps il va devoir jouer cette absurde comédie pour que chacun puisse se donner bonne conscience. Bien sûr, les caméras dispersées dan le jardin n'en ratent pas une miette, plein zoom. Sam arrête de souffler et entreprend un massage cardiaque. Mouvement de caméra, ça c'est du live !
Au bout de deux minutes, Luc lui met la main sur l'épaule et susurre, comme si ça allait être un choc pour lui, que c'est fini, qu'il faut arrêter. Sam ne se le fait pas dire deux fois. Gabrielle s'accroupit larmoyante à côté de Sam et caresse la tête de Cocotte du bout du doigt.
Nouveau commentaire du petit malin de service :
- Asystolie. Heure du décès : 11h04.

*****

Après l'épisode de la poule, Sam et Al s'étaient de nouveau donné rendez-vous dans les toilettes. On allait finir par croire que Donald était malade... Sam était furieux d'être intervenu trop tard, il pestait contre Al et contre Ziggy. Mais Ziggy n'avait rien vu venir et, boudeuse, n'appréciait apparemment pas qu'on la tienne pour responsable de ce raté. Avec son numéro de sauveteur du dimanche, Sam pensait à tort avoir sauvé la face. Cela ne suffirait pas pour changer l'histoire : la machine était lancée, pistons à bloc. Tous les vautours, qui n'attendaient qu'un faux pas pour déverser leur fiel rageur, avaient trouvé dans cette pitoyable mésaventure de quoi alimenter leur fourneau. Des images diffusées, ils ne retiendraient que les sarcasmes du troisième larron (Paul) et le fait que Johana avait avoué qu'elle avait oublié de fermer la porte du poulailler la veille au soir. Pour cela ils méritaient bien le pilori de leurs détracteurs affamés. Englué dans cette farce géante aux relents amers, Sam cherchait désespérément une porte de sortie avant que la situation ne tourne au carnage. Selon Al, la suite de l'aventure promettait d'être effectivement torride : dans l'histoire telle qu'elle s'était passée, des manifestants de plus en plus nombreux s'étaient massés autour de l'enceinte de leur retraite. On notait parmi eux quelques défenseurs des animaux autoproclamés, mais c'était loin d'être la majorité des troupes. Tout ceci n'était évidement que prétexte, car bon dieu, il ne s'agissait somme toute que d'une poule ! Suite au destin tragique de Cocotte, élevée au rang de martyr médiatique malgré elle, les pensionnaires reclus allaient devoir défendre le leur " bec " et ongles : la météo prévoyait quelques fortes bourrasques de décor en préfabriqué qui, s'étant finalement montré plus résistant qu'il n'y paraissait, l'était beaucoup moins dès lors qu'on eu l'idée d'en faire un feu de joie... il n'y avait fort heureusement pas eu de morts mais des blessés, certains gravement brûlés ; et le pire dans l'histoire, c'est que les victimes recensées étaient toutes du camp des exorciseurs massés dehors et non de celui des jeunes démons massés dedans... Sam ne savait vraiment pas quoi faire pour arranger les choses, à moins de dire à la production ce qu'il savait pour que les mesures qui s'imposaient soient prises - ce qu'il ne pouvait bien évidement pas faire. Il avait le sentiment d'avoir échoué, mais il y avait encore espoir, sinon il ne serait plus là. Comme d'habitude, son compère était reparti secouer les puces de Ziggy pour l'aider à y voir plus clair. Il faudrait faire vite : les festivités étaient annoncés pour le lendemain en début de soirée.

*****

Dans la maisonnée abattue, l'ambiance était morose. Gabrielle avait eu son compte pour la journée et après avoir demandé audience auprès du psy, qui lui avait d'ailleurs fourni un bon Valium et demi, elle comatait sur son lit pour " noyer " son chagrin dans des songes agités. Les autres filles tenaient session dans la cuisine, avec pour antidépresseur plus traditionnel une tablette de chocolat. Les garçons, plus stoïques, prenaient le soleil dans le jardin sans mot dire, allongés sur les chaises longues, face à la piscine qu'ils contemplaient écoeurés en se demandant s'ils allaient un jour se rebaigner dedans...
Cocotte avait été transportée jusqu'au sas de la production, qui avait dû la récupérer telle qu'elle (emballée dans un torchon de cuisine, qu'on n'espérait pas non plus revoir après lavage). Paul avait suggéré une probable expertise ou autopsie et on l'avait fortement enjoint à la fermer. Cocotte numéro deux (dite « Poupoule ») avait quant à elle l'oeil hagard et se terrait derrière le rosier du fond. Le coq (« Sid » bien qu'il n'ait certainement jamais eu l'occasion d'écouter la version Sex Pistols de « My Way ») déambulait dans la maison à la recherche de sa première concubine. Bien sûr Sid se voilait la face mais qui aurait pu lui reprocher... Quant à Sam, il avait élu domicile dans les cabinets, où il avait bien l'intention de rester tant qu'on ne viendrait pas l'y déloger.
La période de deuil semblait en bonne voie de cicatrisation quand l'appétit revint vers 16 heures. Sam aussi avait faim et se décida à rejoindre l'équipe au complet, hormis Gabrielle toujours dans les vapes et apparemment encore pour un bout de temps. Luc mit une taloche à Paul quand celui-ci demanda une omelette. C'était un de ces repas où l'on s'entend au moins parler, et ce n'était peut-être pas plus mal pensa le docteur Beckett se souvenant de la cacophonie du petit déjeuner...

- Sam, j'ai du nouveau pour toi !
Sam ne prit pas la peine de se retourner mais sa réplique fut cinglante :
- Ca va ? T'as passé une bonne journée, t'étais où ?!
Assise en face de lui, Johana pris la question pour elle.
- Aussi bonne que la tienne je présume... On n'a pas décollé de la cuisine avec Rosita et Céline. Et toi, ça va mieux ? Parce que t'as passé beaucoup de temps aux toilettes, l'interrogea-t elle apparemment soucieuse.
Sam s'essuya la bouche avec sa serviette.
- Pas terrible. Faut que j'y retourne d'ailleurs, dit-il en se levant de table. On attend que ça vienne et ça vient pas mais ça vient toujours quand on l'attend pas.
Johana lui adressa une mine compatissante tandis qu'Al encaissait stoïquement les foudres prometteuses de son ami mal luné.

*****

- Je sais ce que tu vas dire Sam, mais ne t'énerve pas.
- J'ai passé l'après midi à t'attendre, Al, pesta le docteur Beckett en refermant la porte de son sanctuaire du jour.
- Je sais, mais on a pas mal de soucis là bas avec Ziggy... v'là qu'elle se met à déprimer maintenant ! Verbeena fait ce qu'elle peut pour lui redonner un coup de fouet mais c'est pas encore gagné...
- C'est ça, Madame a toujours un boulon de travers de toute façon. Si j'étais là, ça se passerait pas comme ça, crois moi.
- Mais j'en suis persuadé Sam ! Après tout, t'es son père alors tu sais ce qu'on dit : " quand le chat n'est pas là... "
- Ok, ok. Dis moi plutôt ce que tu as.
Sam souffla un bon coup pour se calmer. A être confiné ici, il commençait à se sentir presque claustrophobe.
- Quand je t'ai dis ce matin qu'il n'y aurait des blessés qu'à l'extérieur, c'était une erreur, enfin techniquement non mais...
- Qui, le coupa Sam.
- La petite Gabrielle. Demain, elle va paniquer en voyant les flammes et va tenter de mettre les voiles par la grande porte. On ne sait pas trop si elle s'est fait lyncher ou piétiner une fois dehors mais le résultat ne sera pas beau à voir... Quoi qu'il arrive, tu dois l'empêcher de sortir, voilà pourquoi tu es là.
- Et tu m'assures qu'on ne craint rien à l'intérieur ?
Al pianota sur la calculette.
- Ca va rudement secouer le bocal mais non, il n'y a aucun danger à l'intérieur.
- Et c'est tout ?
- C'est tout. De toute façon tu ne pourras pas empêcher l'émeute. Contente toi de faire ce que tu as à faire.
Sam parut satisfait du plan de bataille. Il y voyait enfin plus clair.
- Je repasserai tout à l'heure voir si tu vas bien, promis Al en ouvrant la porte holographique. Et juste avant de disparaître, pointant du doigt :
- N'oublie pas de tirer la chasse !

*****

La veillée se déroula sans commune mesure avec le reste de la journée : pour remonter le moral des troupes, la production organisa une grande soirée dansante, c'était vraiment " d'la balle " commenta Paul. Les décibels fusaient à plein tube et tous se déhanchaient frénétiquement sur le tapis du salon. Gabrielle avait émergé vers 22h et bien que pas au mieux de sa forme, elle sembla reprendre du poil de la bête après un bon dîner. Trois verres de vin plus tard, elle riait autant qu'elle avait pleuré le matin. Toutes s'étaient mises sur leur 31, on se serait cru à l'ouverture du festival de Cannes. Mais le tapis rouge n'était qu'un tapis à frange bon marché, rien de plus... Al, évidement, semblait soudain bien plus disponible pour un tel spectacle de trémoussements suggestifs. Il tournait autour des donzelles en émettant des " oh " et des " ah ", se tortillant lui même comme un ado dans une boum. Sam parvint à se tenir à l'écart jusqu'à ce que Gabrielle, à moitié chancelante, le prenne par la main sans vraiment lui demander son avis et l'entraîne sur la piste. Il s'exécuta à contrecur sous les clins d'oeil lubriques et irritants de l'Amiral Fêtard. Dieu merci, à 2 heures tout le monde était couché, sauf Gabrielle qui avait assez mal géré les effets combinés de substrats de Valium et l'alcool...
Loin dehors, personne hormis sa favorite n'entendit le coq chanter son désarroi au petit jour.

*****

La journée allait être longue, songea Sam en se réveillant. Se savoir observé en permanence était très désagréable et même dans son sommeil il en fut perturbé. Il comptait néanmoins tirer avantage de cette belle matinée pour prendre un bain de soleil salutaire dans le jardin. Ce n'était pas si souvent qu'il avait l'occasion de lézarder, et il y aurait bien assez à faire ce soir... Tous se traînaient dans les différentes pièces avec la vigueur d'un lendemain de fête. Vers dix heures, Gabrielle vint s'installer sur le transat voisin de Sam. On lisait presque de la douleur dans son regard tourné vers la piscine... à moins que ce ne soit le mal de crâne dû aux excès de la soirée. Sid et Poupoule picoraient en toute amnésie dans leur enclos à quelques mètres de la scène du crime. Cocotte avait livré son dernier souffle dans l'indifférence totale des caméras, aucune image retrouvée témoignant de son fatal bain de minuit - paradoxal lorsqu'on savait de combien d'objectifs était équipé l'habitat et ses dépendances. Ceci resterait encore longtemps à n'en pas douter une affaire non classée. Sam essayait d'oublier tout ceci en fermant les yeux, s'imaginant loin d'ici, sur une plage bordée de cocotiers, s'imaginant la mer et son ressac... mais le seul bruit qu'il entendait était celui de la caméra pivotant sans cesse au dessus de sa tête. En fin de matinée on l'appela au confessionnal. Il fut à peine plus loquace que la veille, mais cette fois ce fut délibéré. Qu'on lui demande une fois de plus ce qu'il pensait de Gabrielle l'agaçait fortement. Pour toute réponse il imposa à son interlocuteur une minute de silence, en hommage à Cocotte. Après quoi la voix sans visage, déstabilisée, l'autorisa à se retirer. Plus tard, ce fut Al qui lui rendit une visite de courtoisie. Vêtu d'un long peignoir blanc à rayures rouges, l'Amiral ne semblait pas non plus de toute fraîcheur : il était, après son rock endiablé, retourné soutenir une Verbanaa Beeks déconfite dans sa tentative de thérapie sur Ziggy. Quand l'ordinateur hybride pétait un plomb, c'était rarement en demi-mesure ! Sam enjoignit vivement son ami à prendre quelques heures de repos, pour être frais et dispo au rendez vous de ce soir.
Après un déjeuner tardif sous le vélum, les pensionnaires reclus s'éparpillèrent à nouveau pour digérer leur pitance et leur désoeuvrement.
Pas de ballon, pas de jeux. Et pas de piscine. Il faisait chaud, très chaud. La baignoire de la salle de bain aurait pu être une solution : elle était assez large pour caser tout le monde, mais on pouvait difficilement y envisager une brassée coulée... Un concours d'apnée peut-être ? Vu les circonstances, n'aurait-ce pas été de mauvais goût ? Quelques uns retournèrent donc se coucher pour tromper l'ennui, sous l'oeil impavide des caméras pour qui tout était bon à filmer, même lorsqu'il n'y avait rien à filmer. Les autres établirent leur campement sur le gazon, se goinfrant de sucreries tandis que leur peau suintant le monoï se liquéfiait. Aventure et exotisme à huis clos, un programme palpitant pour le téléspectateur.
Le climax de l'après-midi fut quand Gabrielle entreprit de badigeonner les doigts de pieds de Sam avec son " Spécial pailleté ", affirmant que ce serait " rigolo ". Sam opposa tout d'abord une résistance mais la madame était insistante et après tout, ses pieds avaient déjà eu à subir bien pire qu'un aller retour de vernis - les talons aiguilles par exemple ! Il la laissa donc exprimer son talent artistique en se disant qu'il valait mieux ça plutôt qu'elle ne se mette en tête de repeindre toute la maison... Et puis ce n'était pas désagréable, d'ailleurs il rata la deuxième couche car il s'endormit.

*****

Le soleil était bien moins féroce lorsqu'il rouvrit les yeux. La fin d'après midi avait enfin pointé son nez.
- T'es chou comme ça, lui dit Luc, moqueur, en désignant ses pieds.
Sam contempla l'oeuvre achevée.
- Je lance une nouvelle mode, ça fera fureur l'été prochain, répondit-il en souriant. Il s'étira. Ce petit somme lui avait fait un bien fou.
- T'entends, lui demanda Luc en montrant de la tête l'enceinte qui leur masquait le paysage.
Le docteur Beckett dressa l'oreille et une clameur lui parvint faiblement de l'autre côté du mur démesuré. Ca y est, se dit-il, c'est parti.
A part Luc et lui, le jardin était désormais désert.
- On dirait qu'il y a du monde dehors, c'est de plus en plus fort, mais je ne sais pas ce qu'il se passe...
Luc parut intrigué quand Sam lui répondit que lui savait.
- C'est à cause de Cocotte.
- Quoi, ils s'imaginent qu'on va organiser une veillée nocturne avec cortège ?
- Pas vraiment, rétorqua Sam dans un rictus amusé. Ils ont, comment dire... plutôt dans l'idée de la venger !
Luc sonda son regard pour voir s'il plaisantait, mais il semblait bien que non.
- Voyons, c'est ridicule Donald !
- Ca, je suis bien d'accord. Mais je te déconseille d'ouvrir la porte pour leur dire. Je te déconseille d'ouvrir la porte tout court d'ailleurs.
Luc paraissait soudain inquiet. D'habitude c'était bon signe quand on entendait du bruit dehors, c'était des cris de fans, c'était le tapis rouge, un nouveau monde merveilleux plein de bonheur, le début de la gloire...
- Et d'où tu tiens ça toi ?
Juste à cet instant, un projectile vola par dessus le mur et vint s'écraser en une grande tâche sanguinolente sur la cheminée du barbecue encastré : une tomate pourrie. A quoi Sam répondit qu'il valait mieux rentrer et poussa Luc à l'intérieur. Celui-ci fit le parcours sans détacher les yeux un instant du barbecue, la bouche grande ouverte.

*****

Dix minutes plus tard, l'entière petite communauté était bel et bien sortie de sa torpeur. Ils voulaient du mouvement, ils allaient en avoir. Luc n'arrêtait pas de répéter qu'on lui avait balancé une tomate. Il n'en revenait pas. Sam lui aurait bien objecté qu'on ne l'avait pas visé personnellement mais à quoi bon, ça ne serait de toute façon pas la dernière qu'on lui jetterait ici ou ailleurs et il faudrait bien qu'il s'y habitue... Et puis tous attroupés qu'ils étaient devant la baie vitrée, ils ne pouvaient que faire le constat de la zone de non droit qu'était devenu leur jardin : d'autres tomates en veux tu en voilà, des peaux de banane sur la bâche de la piscine et sur le toit du vélum, des canettes de bière... On se serait cru chez l'épicier du coin après le passage d'un troupeau d'éléphants ! Rien de lourd n'était encore venu percuter la vitre mais par précaution, Sam demanda à tout le monde de reculer. Dans les hauts parleurs la voix ne cessait de répéter de rester calme, que tout était sous contrôle, qu'il ne fallait pas s'inquiéter. On avait bien du mal à la croire quand on était aux premières loges, elle même ne semblait d'ailleurs pas franchement convaincue.
- Sid et Poupoule, ils sont dehors, s'écria Gabrielle en fonçant vers la porte. Sam la retint à la volée. Et il avait bien l'intention de ne pas la lâcher d'une semelle.
Luc le téméraire sortit en se protégeant la tête avec les mains. Il évita de justesse une énième pomme d'amour, ainsi qu'une boite de thon. Dans l'enclos, Sid et Poupoule étaient déchaînés et ce ne fut pas une mince affaire pour le jeune garçon de s'en saisir et de les empêcher de se débattre. Les plumes volaient par paquets dans ce corps à corps acharné, à se demander si la volaille ne serait pas entièrement plumée avant le chemin du retour. Il maîtrisa finalement son double paquetage et revint sain et sauf, concentré sur le terrain miné où il posait les pieds. Juste avant de franchir le seuil, un oeuf éclata sur la tête de Poupoule et la pauvre bête jaune dégoulinante émis un " cot-cot " outré.
Dehors, les projectiles volaient de plus belle, un poisson d'espèce incertaine vint finir sa course sur l'un des transats, l'oeil ouvert et presque assis en bonne position pour se la couler douce, plus qu'à attendre qu'on lui serve un cocktail. On entendait très nettement la foule massée dehors, grondant et tonnant comme un volcan prêt à faire irruption. La tension montait en parallèle à l'intérieur, palpable, électrique. Sam connaissait l'issue de tout cela mais n'était lui même pas franchement rassuré. Les murs extérieurs étaient frappés de grands coups sourds, comme si leurs assaillants les attaquaient maintenant au bélier. Le sol vibrait sous leurs pieds à chaque impact. Paul, qui avait rigolé en voyant le poisson sur la chaise longue, venait de changer de couleur. Les autres n'avaient pas encore le teint cireux mais on s'en approchait au pas de course. Celle qui inquiétait le plus Sam était évidement Gabrielle. Elle semblait à la limite de la crise d'hystérie. Tout son corps tremblait et de sa gorge montaient de petits cris sporadiques presque inaudibles, les yeux étaient près à sortir de leurs orbites, manquait plus que l'autorisation de décollage.
La voix en transe dans les hauts parleurs continuait de dire (crier) qu'il ne fallait pas s'inquiéter, non fallait pas s'inquiéter... et on aurait bien voulu la faire taire cette foutue voix, parce qu'elle filait les pétoches à tout le monde !
La baie vitrée explosa et une pierre grosse comme le poing roula sur le tapis du salon. Gabrielle et Rosita se mirent à hurler.
- Tous dans la chambre cria Sam, tous dans la chambre !
Et tous se mirent à courir vers la chambre, parce que c'était la seule chose qu'on leur avait proposé.
Al, qui faisait son entrée dans le couloir à ce moment précis, fut traversé par un troupeau à la queue-leu-leu. Le docteur Beckett, qui clôturait le cortège, s'arrêta net avant de lui passer à travers.
- Je t'avais conseillé de te reposer, pas d'hiberner !
- Tina m'a retenue, s'excusa Al tout penaud, tu sais comment sont les femmes quand elles ont décidé de te retenir...
- J'ai pas franchement le temps de parler de ta sieste avec Tina ! Que dit Ziggy, où on en est ?!
Sam ne se rendait pas compte qu'il vociférait, mais dans la chambre ça n'avait pas échappé à Luc. Par l'entrebâillement de la porte, il le regardait comme on observe quelqu'un qui vient de franchir le point de non retour.
Sam lui fit signe que tout allait bien, ce à quoi Luc répondit par un sourire navré, apparemment convaincu que Donald était passé à l'ouest.
Sam entra dans la pièce en faisant profil bas. L'Amiral lui filait le train en pianotant sur sa Game-Boy. Les habitants s'étaient rassemblés sur trois lits mitoyens, scrutant murs et plafonds qu'ils s'attendaient à voir s'effriter.
- Toujours pareil Sam. On n'est pas loin du bouquet final, tu empêches Gabrielle de se faire la malle et c'est réglé.
Sam acquiesça discrètement et Al se proposa d'aller voir comment ça se passait de l'autre côté.
Sam sentit une poussée d'adrénaline quand il chercha Gabrielle du regard et ne la vit pas. Deux secondes plus tard, il aperçut un pied nu pailleté dépassant de derrière le lit du fond. Gabrielle était allongée en position foetale entre le sommier et le mur, haletant comme une asthmatique en pleine crise. Sam lui tendit la bouteille d'eau posée sur la table de chevet et s'assit près d'elle. Gabrielle s'appuya sur un coude et but à grandes gorgées débordantes. Sa respiration en sembla quelque peu améliorée.
Dans les hauts parleurs, la voix s'était tue, dieu merci. Qui sait s'il elle n'avait pas pris la poudre d'escampette ou bien une boite de thon volante entre les deux yeux...
Tout était plus calme dans la chambre, les vibrations étaient plus faibles, le lieu semblait plus sûr. On avait presque l'impression que la tempête commençait à refluer.
Al réapparu en traversant le mur, à quelques centimètres du docteur Beckett.
- Sam, faudrait mieux pas rester là, le feu est juste derrière moi. Je pensais qu'il viendrait du devant, se justifia-t il, mais ce sont les agglutinés de derrière qui l'ont allumé ! Vous ne risquez rien, ça va être maîtrisé rapidement, le rassura-t-il, mais si l'un de vous le remarque, ça va être la panique...
Et comme si Gabrielle, avait pu entendre l'hologramme :
- Ca sent le brûlé, non ?
La main hésitante, elle toucha la paroi et la retira aussitôt en poussant un petit " oh " surpris, avant de brailler un grand " au feu, au feu ! " qui fit sursauter toute la chambrée. Sam adressa un regard implorant à son ami tandis que le troupeau se remettait de nouveau en marche, en sens inverse cette fois. Il vit Gabrielle enjamber le lit, puis sauter sur les suivants en direction de la porte. Faisant de même pour la rattraper, il se prit malencontreusement les pieds dans la couette du dernier et chuta la tête la première sur le sol. Le docteur Beckett vit trente-six chandelles, et les cloches qu'il entendait au loin murmuraient :
- Lève toi, Sam ! Rattrape la, vite, relève toi !
Ce qu'il fit, non sans peine, palpant une bosse large comme une noix sur le sommet de son pauvre crâne.
Al l'encourageait comme s'il était un cheval de course sur qui on aurait misé tout son pactole. Il traversa le couloir en courant du plus droit qu'il put. Tous étaient à nouveau massés devant ce qu'il restait de la baie vitrée, à savoir pas grand chose. La pluie de météores avait presque cessé. Mais Gabrielle n'était pas là. Sam continua à courir, clopin-clopant, traversa le salon et se retrouva dans le jardin-dépotoir, des bouts de verre plein les semelles. Toujours pas de Gabrielle. La porte du sas de sortie était entrouverte. " Gabrielle, non ! " cria-t-il toujours au galop. Il ouvrit la porte en grand et vit Gabrielle tenter désespérément d'ouvrir la seconde, dix mètres plus loin. Dans le sas, l'écho de la foule était assourdissant. Il imaginait sans peine la marée humaine à l'extérieur. Il la rattrapa enfin avant qu'elle ait pu sortir et dû mettre tout son poids pour lui faire lâcher prise tandis qu'elle s'accrochait avec force à la poignée. Sans ménagement, il la tira en arrière par le bras. Elle criait " Je veux sortir, laisse moi sortir ! " et l'écho répondait " Je veux sortir, laisse moi sortir ! ".
- Tu ne crains rien ici Gabrielle, dehors tu te ferais piétiner.
- Mais y'a le feu dans la maison !
- Je suis sûr que les pompiers sont là et qu'ils l'ont déjà maîtrisé, tenta-t-il de la rassurer.
Al lui confirma que c'était en bonne voix.
- Viens, ne restons pas là, ajouta Sam en refermant la première porte du sas.
Gabrielle résistait.
- Non, j'veux pas retourner dans la maison, y'a le feu !
- Mais on peut pas rester dans le jardin, on va se faire assommer, répondit Sam au moment où une salade flétrie leur passait au ras de la tête.
- Sam, vous pouvez aller dans l'enclos, suggéra Al.
Le docteur Beckett examina du regard la cabane à poule : le toit en tôle était recouvert d'objets et aliments les plus divers mais elle était intacte.
- Allons dans l'enclos !
Gabrielle fit la moue.
- T'as mieux à proposer ?
Elle fit non de la tête, et se laissa entraîner.
Ca ne sentait pas très bon là dedans mais l'endroit semblait sûr et Gabrielle paraissait déjà plus sereine. A l'extérieur, on entendait désormais des sirènes, des cris, une voix dans un mégaphone qui s'égosillait " Dispersez vous, dispersez vous ! ". Sam fit signe aux autres de venir les rejoindre et après une seconde d'hésitation, la meute traversa le jardin. Ils s'entassèrent dans l'enclos grillagé en silence. Une camera coiffée d'une peau de banane filmait la scène quelque peu surréaliste et tous le savaient mais personne n'osait la regarder, déjà suffisamment blessés dans leur amour-propre.
Sam interrogea Al du regard, qui leva son pouce pour dire que tout était en ordre.
La dernière chose que vit Sam avant de transmuter fut le grand canapé du salon où Sid et Poupoule, les nouveaux maîtres du logis, s'étaient confortablement installés.

 

FIN

 

" La violence à la télévision, ça donne envie de tout casser. Sauf, hélas, la télévision. "
Philippe Geluck

 

Un grand merci à Frédéric et Liliane pour leurs corrections
et à Cot-Cot-Samalia pour l'idée de la poule.
Enfin, promis, il n'y aura pas de Leap Story 2 !


   Loleap - juillet 2002.
 

 

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